L'éducation de la Foi et ses priorités

Comité conseil sur les besoins prioritaires en éducation de la foi
de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec

1er mai 1992

Table des matières

Introduction

I. L'éducation de la Foi et ses priorités

A. Quelques traits préoccupants du visage collectif contemporain

B. Quelques "héritages" des dernières décennies

Sous l'angle religieux
Sous l'angle socioculturel
Le souffle communautaire et l'espoir des groupes associatifs
La mondialisation des responsabilités

C. Une perspective privilégiée en éducation de la foi

Trois pôles indissociables de la vie chrétienne
Le milieu naturel de l'éducation de la foi
Quand on dit "communautaire", il ne s'agit pas...
Quelques avantages de la médiation communautaire

D. L'urgence d'une insertion communautaire des jeunes

Une population souffrante
Susciter la créativité communautaire
Une évidence pédagogique

II. QUELQUES IMPLICATIONS PRATIQUES DE LA MÉDIATION COMMUNAUTAIRE

A. La communauté comme lieu de fraternité et de solidarité avec les plus pauvres

L'urgence de leaders
Le développement de la conscience sociale
Des regroupements prophétiques
Le décodage des priorités
La circulation des expériences
La conversion au sens communautaire
En appeler au courage qui dort
Acquérir et transmettre des compétences

B. La communauté comme lieu de recherche et de l'expérience de Dieu

Une expérience spirituelle
Un langage cohérent
Inventer et tenir la recherche à jour

C. La communauté comme lieu d'annonce de la Parole et de soutien à son intégration

La Parole de Dieu
Que devient l'annonce du kérygme?

D. Quelques obstacles prévisibles

Le coefficient politique
Perdre la maîtrise
La dimension financière

E. Quelques recommandations

N.D.L.R. Les mots masculins de ce texte, lorsqu'il s'agit de personnes, désignent aussi bien les femmes que les hommes. Le comité a choisi de ne pas utiliser systématiquement le masculin et le féminin, de manière à faciliter la lecture du rapport.

La médiation communautaire dans l'éducation de la foi

Rapport du Comité conseil sur les besoins prioritaires en éducation de la foi
Mai 1992

Jean-Guy Bissonnette
Raymond Brodeur
Guy Marchessault
Andrée Quiviger
Michel Stein
André Vincent

Introduction

Un changement de paradigme

L'optique de l'éducation de la foi que nous soumettons ici prend souche dans la plus ancienne tradition judéo-chrétienne : elle vise à faire retentir au coeur de la cité et de chacun les appels de l'Esprit Saint qui, envers et contre toutes les obscurités historiques, adresse aux patriarches, aux prophètes puis aux disciples de Jésus l'impératif va (Gn 12,1), va (Ex 3,10), va (Am 7,15), allez (Mc 16, 15).

Puisque, depuis les Actes des apôtres, c'est aux communautés vivantes qu'il revient d'être sacrement de la rencontre de Dieu, c'est l'axe communautaire qui, tout au long de ce document, inspirera nos propositions.

Autrement dit, notre vision de l'éducation de la foi ne s'arrête pas à la seule transmission des savoirs de la foi ou à la seule recherche du sens chrétien de l'existence personnelle, mais elle s'attache à l'expérience collective de la recherche de Dieu, à l'expérience collective de l'actualisation des Écritures et à l'expérience collective d'une éthique in-finie. Dans ce paradigme on ne peut plus biblique, l'ordre des fonctions est subordonné à celui de la mission dont tout chrétien est essentiellement investi.

Quoique issus d'univers passablement différents et de terrains d'expérience variés, nous partageons une même vision des urgences concernant l'éducation de la foi et des tensions semblables nous habitent. C'est dans cette unanimité que réside la force de cet avis.

Quant à ses limites, elles sont faciles à tracer : nous n'avons pas disposé de beaucoup de temps; nous n'avons consulté qu'une dizaine de personnes si bien que le résultat ressemble davantage à l'expression d'une réflexion concertée qu'au produit d'une recherche formelle.

Notre propos

Dans un premier volet (I) plus réflexif, intitulé L'EDUCATION DE LA FOI ET SES PRIORITES, nous esquisserons quelques traits préoccupants du visage de la femme et de l'homme contemporains (A); ensuite nous soulignerons quelques "héritages" percutants des dernières décennies (B); puis, en lien avec ces deux premiers contenus, nous dégagerons la perspective qui, en éducation de la foi, nous apparaît la plus urgente tant chez les adultes que chez les adolescents (C); enfin, dans un second volet (II) plus pragmatique, intitulé QUELQUES IMPLICATIONS PRATIQUES DE LA MEDIATION COMMUNAUTAIRE, nous examinerons les conséquences concrètes de la mise en oeuvre d'une telle perspective.

I. L'ÉDUCATION DE LA FOI ET SES PRIORITÉS

A. QUELQUES TRAITS PRÉOCCUPANTS DU VISAGE COLLECTIF CONTEMPORAIN

Nous connaissons tous des ouvriers, des artisans, des professionnels fiers de ce qu'ils bâtissent; des couples dont l'amour parvient à franchir les passages difficiles; des femmes et des hommes qui, non seulement réussissent à surmonter les crises de l'existence personnelle et collective, mais s'en font une véritable sagesse. Nous connaissons tous des enfants heureux et des adolescents fonceurs. Nous connaissons tous des croyants dont la foi pénètre, sans crainte et dans toute leur ampleur, les réalités de la vie.

Néanmoins, la souffrance et la désespérance ne manquent pas dans notre monde. De la misère économique au mal de l'âme en passant par la pauvreté culturelle, beaucoup de gens respirent difficilement parmi les valeurs éclatées. Les différentes formes que prennent la violence (en particulier juvénile), le nombre inquiétant de suicides, le recours massif aux drogues et à l'alcool, le taux de décrochage scolaire, les maladies du coeur qui guettent l'âge mûrissant, l'isolement des personnes âgées, l'écart grandissant entre les classes socio-économiques, la multiplication des familles éclatées sont autant de symptômes d'une civilisation qui assume péniblement ses mutations. Nous ne voulons pas ici balbutier des lieux communs, mais établir que ces traits crispés de notre collectivité occupent le premier plan de nos considérations sur l'éducation de la foi au même titre que le pauvre, l'aveugle, le muet ou l'endeuillé s'emmêlent à la trame des saintes Écritures.

B. QUELQUES "HÉRITAGES" DES DERNIÈRES DÉCENNIES

Sous l'angle religieux

Vigoureusement animé par l'intention de réconcilier le mystère chrétien et les « réalités terrestres », le Concile Vatican II rejoignait à la fois les aspirations sociales et spirituelles d'une époque en pleine expansion économique, scientifique, technologique et culturelle; il affirmait haut et fort la vocation sacerdotale du peuple des croyants que les sciences humaines entraînaient par ailleurs dans un vaste mouvement de libération.

Chez nous, ce printemps religieux s'est entre autres manifesté par la prise de parole des laïques (Commission Dumont), par un engouement à l'égard des groupes ou des communautés de base, par la naissance de divers mouvements spirituels et, surtout, par le vaste projet du renouvellement de la catéchèse conjugué à la mise en chantier d'une éducation permanente de la foi. Le primat des Écritures atteignait enfin le peuple de Dieu, la liturgie se remettait à jour, l'éducation de la foi avait l'ampleur d'une aventure et des lieux d'intense réflexion prenaient place dans les diocèses, dans les universités, dans les maisons privées.

Puis, pour des raisons complexes et avant que Gaudium et Spes ait suffisamment imprégné l'éducation de la foi, le vent a viré. Le magistère romain se prononça sur des questions de morale conjugale qui déchiraient les couples, opposa une fin de non-recevoir à certaines aspirations partagées par un nombre croissant de chrétiens (mariage des prêtres, ordination des femmes), limogea des penseurs dont les perspectives théologiques tenaient enfin compte de l'existence réelle, bref des malaises de tous ordres en vinrent à embrouiller la relation entre la base et le sommet de la pyramide; un processus de désenchantement était amorcé.

Parallèlement, la mise en oeuvre de la catéchèse dite anthropologique, ayant soi-disant entraîné l'érosion des savoirs dogmatiques traditionnels, fut abandonnée au profit d'une approche plus notionnelle et, par conséquent, mieux adaptée aux exigences docimologiques du ministère de l'Education. Un bon nombre de communautés de base furent dissoutes une fois vécue l'étape du réchauffement affectif, et la plupart de celles qui ont survécu allaient entre-temps déboucher sur l'action sociopolitique[1].

Le vent a viré donc dans le sens d'un redressement doctrinal qui toucha surtout les domaines de l'enseignement religieux, de la liturgie, des prescriptions morales, de la prédication. Le fossé entre la foi et la vie allait continuer de se creuser, comme le craignait la Commission Dumont et comme en témoigne un récent document publié par l'Office de catéchèse du Québec (O.C.Q.).[2]

Il ne servirait à rien de faire un procès d'intention concernant un virage dont, probablement, personne ne contrôle toutes les données et qui n'a certainement pas rallié au même degré tous nos pasteurs. Ce qu'il importe de souligner dès maintenant, c'est qu'un tel retour aux certitudes doctrinales et aux manières traditionnelles décourage les initiatives inédites et les approches nouvelles (recherche de liens existentiels entre foi et réalité, diversification des pédagogies de la foi, mouvements issus de la base, rôle des laïques dans les communautés, etc.)[3], quand il n'encourage pas carrément la désertion de l'institution.

Bien que tout dans l'Église ne soit pas marqué au coin de la rigidité, les paroisses ne sont pas toujours un signe de vitalité; beaucoup d'homélies résonnent comme une langue de bois; les plus récents programmes d'enseignement religieux sont jugés désuets par ceux qui ont à les appliquer. Voilà autant d'échos d'un christianisme décroché, d'une Église encombrée dans ses vieux meubles. Aussi beaucoup de croyants parmi les plus engagés transplantent-ils leurs racines évangéliques dans la terre du "social", laissant derrière eux toute forme d'appartenance ecclésiale. D'autres cantonnent les choses de la foi dans la sphère du privé, désespérant de trouver quelque terreau communautaire où planter leurs racines. Beaucoup, enfin, ne retiennent des Écritures que l'inspiration d'une éthique de sagesse.

Sous l'angle socioculturel

Il n'est pas si loin le temps où l'État devint l'objet de tous les espoirs. Pendant que les artistes nous insufflaient le sens du pays, que les sciences faisaient reculer les frontières du cosmos ou celles de la mort et que la relation d'aide prétendait au miracle, l'État-providence se donnait des structures de plus en plus sophistiquées, prenant en charge les besoins fondamentaux d'une population obsédée par le culte du Moi.

Mais le mythe de l'État-providence, lui aussi, a fini par déglonfler. Les dettes publiques augmentent plus rapidement que la croissance économique; les nations même les mieux nanties ne parviennent plus à cacher la misère de leurs centres urbains, ni les iniquités qu'elles durcissent sur le plan international, ni les ravages qu'elles causent à l'environnement.

Chez nous, dans l'intervalle, le fossé entre les couches sociales s'élargit. Des régions entières, hier assises sur des industries florissantes, dégénèrent. Des personnes psychiatrisées sont renvoyées à des communautés locales qui, dans bien des cas, n'existent même pas. L'école démocratisée se trouve désertée par un nombre croissant d'élèves. La famille éclate de partout et le phénomène de la monoparentalité prend des proportions alarmantes. Le chômage, avec sa charge d'enlisement psychosocial, devient endémique. La jeunesse émet des cris inquiétants que nous tardons toujours à décoder. Ceux et celles qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu éprouvent, durant la quarantaine, un douloureux sentiment de vide intérieur[4].

Bref, à l'aube d'une nouvelle étape historique qui, celle-là, sera dominée par l'économique[5], percent des désirs de transcendance[6], les réclamations d'une intériorité en souffrance et la recherche d'une éthique non plus exclusivement branchée sur l'accomplissement personnel mais sur rien de moins que le salut de toute l'humanité dont même la planète se trouve en danger[7]. Car, entre temps, Tchernobyl a répandu des poisons apocalyptiques.

Le souffle communautaire et l'espoir des groupes associatifs

Sur les débris de l'État-providence, s'élabore le mouvement communautaire. Quelques économistes avisés avaient prévu l'impasse et pressenti l'issue.

L'État-providence, comme agent central de redistribution et donc d'organisation de la solidarité, [...] se substitue au face à face des individus et des groupes. [...] Coupée des rapports sociaux réels qui la structurent, l'organisation de la société que cet État-providence met en place devient abstraite [...] (et) procède mécaniquement à un véritable brouillage des rapports sociaux.[8]

Autrement dit, la mégastructure des services à la population a contribué à l'érosion du sens de la responsabilité chez les individus et à la création d'un climat social dépersonnalisant où seules s'en tirent les personnes les mieux équipées.

C'est dans ce contexte que les années 1970 et surtout 1980 voient éclore l'initiative communautaire dans laquelle militent entre autres des marxistes et des chrétiens. En lien ou non avec le réseau public, des petits organismes non gouvernementaux (ONG) instaurent progressivement des mécanismes de prise en charge locale. Des centres d'éducation populaire transforment littéralement l'atmosphère de certains quartiers; redonnent ses lettres de noblesse au statut de citoyen, et - pour paraphraser saint Luc - parviennent à faire se redresser des femmes toutes courbées (13, 11b). Dans la même foulée, des populations régionales, jusque-là inertes, prennent conscience des structures où s'inscrivent leurs conditions socio-économiques et organisent la résistance aux pouvoirs en place.

[Pour réencastrer la solidarité dans la société,] il s'agit de multiplier les lieux intermédiaires de composition sociale, de réinsérer les individus dans des réseaux de solidarité directs[9].

Par ailleurs, ligués autour de problématiques singulières, de nombreux groupes associatifs prennent naissance, dont les membres apprennent à défendre leurs droits, à nommer leurs besoins, à découvrir la force politique du regroupement, à mettre en place des mécanismes de support mutuel, etc. Des maisons de jeunes, des centres de jour, des lieux de loisirs organisés... prennent pignon sur rue. Graduellement et non sans conflits, des liens se tissent entre ces organismes et certains services du réseau public (hôpitaux, écoles, C.L.S.C., gouvernements municipaux, police, prêtres de paroisse, etc.), convertissant ici ou là l'isolation urbaine et la froideur bureaucratique en tables de concertation. Dans ces outres neuves, un vin nouveau : des citoyens sans diplôme et des communautés locales défavorisées deviennent les artisans de leur propre mieux-être, et il arrive que la réappropriation du sens de la dignité personnelle débouche sur celui de la responsabilité.

Les chrétiens ne sont pas absents de ce mouvement de fond qui présente pour ainsi dire des complicités naturelles avec le projet évangélique. Nous y reviendrons. Retenons pour l'instant que le mouvement communautaire et les groupes associatifs, qui s'attaquent à certaines des plus désastreuses retombées du capitalisme néo-libéral et du bureaucratisme de l'État-providence méritent tout le soutien de leur Église.

Le Christ parcourait toutes les villes et les bourgades en guérissant toutes les maladies et infirmités en signe de l'avènement du règne de Dieu; de même l'Église est par ses fils en liaison avec les hommes de quelque condition qu'ils soient; elle l'est surtout avec les pauvres et ceux qui souffrent... Les chrétiens doivent donc ... collaborer avec tous les autres à organiser de manière droite les affaires économiques et sociales; [...] Ils doivent en outre prendre part dans les efforts de ces peuples qui... s'appliquent à améliorer les conditions de la vie et à affermir la paix dans le monde (Ad Gentes, art. 12).

La mondialisation des responsabilités

Parce que la vie, l'humanité et la planète elles-mêmes sont menacées par le « comment-va-ce-monde », on ne peut guère penser dorénavant l'éducation de la foi sans référer à la mondialisation des problématiques. Le champ infiniment élargi des questions éthiques, l'ampleur inimaginable que prennent les techniques de la communication, les défis gigantesques que rencontre la recherche d'un équilibre mondial invitent dorénavant le prêtre, le lévite et le Samaritain à se laisser émouvoir par la dérive économique de l'Afrique, par les difficultés pratiquement insurmontables de l'Amérique latine, par la surpopulation du sous continent indien, par les famines, par les revendications des populations autochtones, par le racisme dont sont un peu partout victimes les minorités...

La mondialisation des problématiques fait de tout l'univers ce prochain auquel nous ouvrait déjà l'Alliance inouie entre Israël et le Dieu unique (Lv 19,18). La responsabilité est sans limites. [10]

C. UNE PERSPECTIVE PRIVILÉGIÉE EN ÉDUCATION DE LA FOI

Trois pôles indissociables de la vie chrétienne

Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de maux divers les lui conduisirent, et lui [...] il les guérissait. [...]

Le jour venu, il sortit et se rendit dans un lieu solitaire.

Les foules se mirent à sa recherche et, l'ayant trouvé, elles voulaient le retenir [...]. Mais il leur dit : "Aux autres villes aussi je dois annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, [...]. Et il prêchait dans les synagogues de Judée (Lc 4, 40-44).

Voilà nommés trois pôles indissociables de la vie chrétienne :

L'éducation de la foi loge au coeur de la tension dynamique entre ces trois pôles. Elle circule en quelque sorte de l'un à l'autre. A nos yeux, privilégier l'expérience[11] en contexte d'éducation de la foi revient à favoriser l'interaction vivante (dans le réel) de ces trois composantes fondamentales de l'être chrétien que sont la communion au mystère de Dieu (dans le silence, la prière personnelle et collective, la vie sacramentelle), l'intégration-annonce de sa Parole et la traduction de celle-ci à travers la poursuite personnelle et collective du Règne de Dieu.

Dans ce contexte, la fonction de l'éducation de la foi fait prioritairement appel à la communauté elle-même qui, engagée dans une perpétuelle intégration de la Parole de Dieu et dans l'effort de solidarité, devient l'artisan visible du Royaume de Dieu et, partant, le témoin essentiel de la Bonne Nouvelle.

Une telle perspective n'exclut pas la vision traditionnelle de l'éducation de la foi en tant qu'oeuvre de transmission doctrinale, mais elle ne situe point cette forme-là comme première, exclusive et suffisante. A la manière de Jésus, qui ne rassure pas Jean le Baptiste dans sa prison par quelque discours théorique, nous pensons que l'Église enseigne au sens fort du terme là où, au nom de Jésus, des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux guérissent, des sourds entendent, des morts ressuscitent (Lc 7, 22).

Le milieu naturel de l'éducation de la foi

Les trois solives de la vie chrétienne, telles qu'évoquées plus haut, sont facilement repérables dans l'Église qui comporte entre autres des communautés contemplatives, des missionnaires et des prêcheurs. Ce qui nous manque souvent, ce sont des lieux inscrits en plein monde où circulent en même temps ces trois dimensions, de sorte qu'elles soient vécues non pas séparément par quelque groupe spécialisé, mais toutes par chaque chrétien dont la vitalité s'alimente à l'esprit des évangiles.

Parmi ces lieux, le modèle le plus adapté aux conjonctures sociales actuelles et le plus pertinent en regard de la Tradition réside dans des communautés à taille humaine qui se donneraient les conditions requises pour accomplir les trois dimensions suivantes de la communauté-disciple.

1. Travailler à l'instauration de solidarités directes (participation communautaire ou dans d'autres réseaux de solidarités) et indirectes (participation à des organismes internationaux) de manière à ce que se réalisent les guérisons réciproques au sens évangélique du terme : donner du pain aux affamés, des yeux aux aveugles, une voix aux muets, la consolation aux endeuillés, un père ou une mère aux enfants qui n'en ont pas, un mentor aux adolescents désoeuvrés, une aide aux parents débordés, une assistance aux étrangers...; un soutien aux peuples en voie de développement, une aide aux nations meurtries par la guerre, du secours aux victimes de l'injustice, etc.

2. Amorcer ou poursuivre la recherche et l'expérience de Dieu dans la prière partagée, l'étude des Écritures, le silence, l'accomplissement de rites sacramentels significatifs, la célébration dans la foi de fêtes, d'événements ou de réalisations communautaires, intercommunautaires ou diocésains, etc.

3. Maintenir un constant dialogue entre l'expérience communautaire et les Écritures dont chaque génération est appelée à faire une relecture actualisante; expérimenter et évaluer des approches communautaires en matière d'enseignement religieux et d'éducation permanente de la foi; inspirer les créateurs d'instruments; confier à ceux qui vivent les problématiques concernées la tâche d'éclairer voire de mener des réflexions pastorales : à propos de la famille, du couple, de l'engagement social; collaborer au renouvellement du langage de la foi.

Quand on dit « communautaire », il ne s'agit pas...

Le tissu communautaire dont il est ici question ne renvoie pas aux communautés de base qui émergèrent dans la foulée du souffle conciliaire. Si de tels regroupements demeurent précieux à certains égards, ce n'est pas ce genre de "communautés" que nous portons ici au sommet des priorités éducatives. Il ne s'agit pas non plus d'implanter quelque service de pastorale parallèle aux organismes communautaires des milieux. Il ne s'agit pas davantage de rapatrier sous la bannière chrétienne les initiatives déjà en place.

Il s'agit, par exemple, d'appeler, de faire lever ou d'envoyer, au sens pastoral du terme, dans des quartiers, zones ou régions (le découpage paroissial circonscrit encore l'espace le plus naturel) des équipes de chrétiens capables de créer des réseaux de solidarités humaines directes et de contribuer à ceux qui existent, tout en aidant les chrétiens et ceux qui voudraient le devenir, à se donner les conditions de porter cette expérience dans la foi en Jésus Christ et devant la Parole de Dieu.

Quelques avantages de la médiation communautaire

Notons rapidement quelques avantages de l'approche communautaire en lien avec l'éducation de la foi.

1) Dans la dynamique de l'expérience partagée et constamment soumise à l'éclairage des Écritures, tout le monde se trouve engagé dans un processus permanent d'évangélisation et chacun devient un jour ou l'autre l'éducateur de la foi de quelqu'un.

2) Au plan strictement psychosocial, quand le climat d'un milieu devient communautaire, il se produit un choc dans la vie de beaucoup de gens, comme si l'inespéré survenait. Des "assistés" deviennent participants, des déprimés retroussent leurs manches; une autonomie personnelle et collective s'amorce là où régnaient l'attentisme et la critique stérile. Autant de renversements propices à l'éclosion de l'espérance, à l'ouverture spirituelle et à la conversion du coeur (Ac 2,47).

3) Le principe de la responsabilité partagée fait partie intégrante de l'expérience communautaire. Tout le monde a quelque chose à faire pour l'ensemble du groupe et la communauté devient elle-même le terreau dans lequel surgissent et se déploient les charismes et les services nécessaires à son développement. Cela suppose évidemment que la communauté puisse prendre de véritables décisions quant à la gestion des trois pôles mentionnés.

4) La communauté travaillée par la solidarité effective avec les plus souffrants réalise une lecture plutôt radicale des évangiles. Non seulement les actions du groupe sont-elles sans cesse interrogées, mais également ses attitudes qui, dans la lumière des Béatitudes, tend à renoncer au pouvoir, à épouser un certain esprit de pauvreté, un sens aigu de la justice et de la miséricorde. Autant d'apprentissages qui confinent à l'héroïsme là où fait défaut le soutien d'une communauté.

5) Qui dit "communautaire" évoque l'insertion d'adultes, d'adolescents et d'enfants dans des échanges de réciprocité sans lesquels la vitalité de toute institution se trouve compromise.

D. L'URGENCE D'UNE INSERTION COMMUNAUTAIRE DES JEUNES

On ne saurait parler d'éducation de la foi sans accorder à la jeunesse une attention particulière. Aussi les paragraphes suivants tentent-ils de montrer la pertinence de la médiation communautaire en regard des besoins les plus fondamentaux et des richesses singulières de cette population.

Une population souffrante

C'est un lieu commun d'affirmer que les adolescents traversent une période cruciale de leur vie pendant laquelle toute l'organisation psychique est soumise à des mutations profondes tant sur le plan structural qu'énergétique, tant sur le plan cognitif que spirituel. Il n'est pas trop fort d'attribuer à cette révolution les traits d'une nouvelle naissance.

L'enjeu capital de l'adolescence consiste dans l'échafaudage d'une vision du monde ou dans l'intégration d'un ensemble de valeurs qui interpelle, inspire l'agir, l'interroge et donne sens à la vie. Erikson parlait d'une vue utopique, d'une dimension cosmique.[12] Privés d'une telle vision signifiante du monde et de la vie, les jeunes sont carrément livrés aux engouements provisoires, au ludique et à tous les matérialismes plafonnants. Leur imaginaire se rétrécit et leur intériorité risque d'être dévorée par les sollicitations de l'instant.

L'observation a été faite souvent : nos sociétés occidentales post-industrielles ont abandonné à elle-même une jeunesse qui demande pourtant à participer aux défis de sa culture et de l'histoire. En revanche, dans le modèle dominant du capitalisme libéral, la jeunesse consommatrice revêt une fonction économique non négligeable : à défaut de l'intégrer aux processus de son renouvellement, la culture lui fait donc consommer les vedettes du showbiz ou des grandes entreprises sportives et la noie dans la bière du vendredi soir au lundi matin, pendant que la mode vestimentaire, qui n'a de libérant que l'apparence, lui impose ses contraintes saisonnières.

Désabusée par une école qui déçoit ses attentes les plus profondes tout en habilitant ses schèmes cognitifs, la jeunesse souffre d'un sentiment croissant de vide intérieur; elle végète, ou, en recherche de feelings fulgurants, elle s'excite à la violence, ou se prête aux risques multiformes des pratiques sexuelles précoces. Ce tableau déjà sombre s'enténèbre encore dans les grands centres urbains où la misère augmente et où le tissu familial se désagrège plus rapidement.

Susciter la créativité communautaire

Dans le paradigme communautaire, les générations s'entrecroisent. Les adultes côtoient des jeunes en recherche de modèles d'action, assoiffés de cohérence et remplis du désir de toucher à quelque valeur qui transcende l'immédiateté. En revanche, les adolescents, de par la nouveauté de leur regard sur le monde, l'ardeur de leurs énergies explosives et leur sens de l'absolu, détiennent une puissance révolutionnaire dont nulle institution ne saurait se passer pour peu qu'elle veuille rester vivante.

L'adolescence est aussi un régénérateur vital dans le processus de l'évolution sociale, car la jeunesse peut offrir sa fidélité et son énergie à la fois pour la conservation de ce qui continue à prouver son authenticité et pour la correction révolutionnaire de ce qui a perdu sa signification régénératrice[13].

La jeunesse cherche des raisons d'espérer dans cet univers marqué par la trahison des adultes, la détérioration planétaire et la terreur cosmique. Elle est en recherche de valeurs qui combleraient autre chose que les tendances narcissiques individuelles et la recherche du succès personnel. Elle aspire à des lieux d'expérimentation qui lui permettraient de développer la responsabilité, d'endosser des rôles efficaces et de contribuer à l'humanisation du monde.

Il ne manque parfois aux jeunes qu'une animation compétente dans la communauté naturelle de leur quartier qui n'offre souvent que des opportunités d'ordre sportif, et encore. C'est par cette voie, à notre avis, que devrait passer l'éducation de la foi au sens le plus authentique du terme : l'apprentissage in vivo des valeurs que Dieu préfère. Une fois ce réseau éthique à l'oeuvre, il est des chances qu'émerge le désir de connaître le Dieu qui se tient derrière cet esprit.

Une évidence pédagogique

Dans le contexte psychosocial où évolue l'adolescence québécoise, ce n'est pas l'intégration des connaissances doctrinales qui devrait constituer le souci prioritaire de l'Église, mais bien ce désert éthique et spirituel dans lequel aboutissent les adolescents qui accouchent déjà si difficilement d'eux-mêmes. Que sert en effet aux élèves de Secondaire III de savoir que selon le Nouveau Testament, la charité est le signe privilégié par lequel s'exprime la foi en Jésus[14], s'ils n'ont jamais rencontré un seul chrétien dont l'élan vital s'abreuve à l'Évangile et dont la vie concrète présente des cohérences avec sa foi? Il n'y a pas d'éducation chrétienne possible chez les jeunes s'ils n'ont pas quelque part la possibilité expérientielle de découvrir des raisons d'espérer. Là, les instruments n'ont pas grand chose à voir avec Gütenberg; ils se confondent avec l'ouvrage collectif des chrétiens qui, à force de travailler à la transformation de ce monde - souvent dans de fort petites choses -, laissent émerger un certain esprit. Bref, la communauté pensante, agissante et célébrante devrait être le document vivant où les jeunes puissent lire la Bonne Nouvelle.

D'où deux chantiers qui, de toute urgence, s'offrent aux éducateurs de la foi :

1. D'abord, une présence auprès des jeunes les plus démunis; (A cet égard, les roulottes où l'on sert chaleur, café et fast food aux jeunes sans-abri ou quelques prêtres-motards intégrés aux groupes marginaux constituent des initiatives prophétiques).

2. Ensuite, des efforts concertés d'animation des jeunes dans leur communauté naturelle autour de projets communautaires concrets. (A ce titre, certains projets aménagés à partir d'une école ou d'un quartier montrent de quelle ardeur sont capables les jeunes quand on les invite à travailler pour une cause).

II.QUELQUES IMPLICATIONS PRATIQUES DE LA MÉDIATION COMMUNAUTAIRE

Au cours du premier volet, nous avons tâché d'exprimer le caractère vital de la relation entre l'éducation de la foi et la circulation de la vie évangélique dans la communauté chrétienne locale. Nous examinerons maintenant quelques implications pratiques de cette médiation communautaire, en reprenant les trois pôles de la vie chrétienne précédemment énoncés, dont chacun reflète un aspect fondamental de la mission ecclésiale.

(A) Aller à la rencontre des frères, en privilégiant toujours les plus souffrants ou la communauté comme lieu de fraternité et de solidarité avec les plus pauvres.

(B) Communier au mystère de Dieu dans la solitude et dans la communauté célébrante ou la communauté comme lieu de recherche et de l'expérience de Dieu.

(C) Intégrer et annoncer la Parole par la grâce de l'Esprit Saint ou la communauté comme lieu d'annonce de la Parole et de soutien à son intégration.

Reprenant chacune de ces dimensions, nous tenterons de dégager quelques conditions liées à leur réalisation (A,B,C). Nous soulèverons ensuite quelques obstacles prévisibles à la mise en oeuvre de l'option communautaire (D), puis nous regrouperons tout cela sous la forme classique de quelques recommandations (E).

A. LA COMMUNAUTÉ COMME LIEU DE FRATERNITÉ ET DE SOLIDARITÉ AVEC LES PLUS PAUVRES

J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui réside en Egypte. J'ai prêté l'oreille à la clameur que lui arrachent ses surveillants. Certes, je connais ses angoisses. Je suis résolu à le délivrer (Ex 3, 7-8).

Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun (Ac 2,44).

L'urgence de leaders

Pour que, dans la foulée des Actes des apôtres, naissent de véritables communautés fraternelles et solidaires, des leaders (pasteurs et laïques engagés) sont nécessaires dans chaque milieu. Les croyants ont besoin de voir une ou des personnes incarner dans leur milieu le lien entre la foi et les appels de l'Évangile. Les baptisés ont besoin d'être appelés et orientés dans l'accomplissement collectif de la Parole de Dieu qui, depuis l'Exode, suscite la création d'un monde fraternel.

Considérant les manières actuellement diverses d'appartenir à la foi chrétienne, la prédication ou des lettres pastorales seraient loin de suffire à rassembler les croyants autour de projets communautaires ordonnés à l'accomplissement d'une authentique fraternité et à la poursuite de véritables solidarités. Les leaders souhaités devront avoir compris qu'il ne s'agit plus d'attirer les gens à l'église, mais bien plutôt d'aller rassembler les énergies disponibles là où elles se trouvent, de manière à créer des noyaux de chrétiens porteurs de l'Esprit des Évangiles.

Nous faisons nôtres, ici, les termes dans lesquels Xavier Alegre circonscrit le groupe ecclésial ou la communauté que Jésus, d'après le Nouveau Testament, a voulu promouvoir :

- Des disciples inconditionnels de son style de vie et de son enseignement;
- qui vivent en communauté;
- au milieu d'un monde injuste;
- les valeurs nouvelles du Royaume de Dieu : la gratuité; le bien de l'être humain au-dessus de tout; l'esprit de prière; la renonciation à toute structure de domination 
[15].

Si, dans le présent texte, nous n'allons pas jusqu'à préciser qui fera quoi dans la communauté, il va sans dire que l'option éducative proposée interroge les manières habituelles de distribuer les fonctions ministérielles et réclame une large et dynamique participation des laïques partout où leur compétence peut s'exercer. Car le disciple ici, ce n'est pas seulement le spécialiste ou le mandataire, mais tout chrétien qui a décidé de diriger sa vie en fonction de la foi au Dieu de Jésus Christ.

Le développement de la conscience sociale

La profondeur des souffrances de l'humanité et l'ampleur de la mission évangélique ne laissent guère de repos aux communautés chrétiennes quelles qu'elles soient. D'une façon plus immédiate, les chrétiens sont appelés à collaborer aux mouvements, aux organismes ou aux réseaux qui, dans leur propre milieu, oeuvrent dans le sens d'une plus grande justice sociale et du soulagement de la souffrance. La conscience chrétienne est aussi concernée par la misère des milieux moins immédiats, partout où manque le pain, où la dignité humaine se trouve bafouée et la liberté réprimée.

Il est maintenant à la portée de tous de prendre conscience des mécanismes sociopolitiques qui favorisent ou maintiennent les entraves à l'élaboration d'un monde plus juste. En tant qu'éminemment appelées au sens de l'altérité, les communautés chrétiennes devraient constituer un milieu particulièrement favorable aux apprentissages de la critique sociale et de la conscience politique. Il serait fort utile que, dans les lieux de recherche et de réflexion, on développe des instruments susceptibles d'aider les animateurs-terrains à supporter de tels apprentissages.

Des regroupements prophétiques

L'action communautaire retourne comme tout naturellement à la pédagogie de l'Action catholique qui, s'adaptant aux différents milieux de vie, habilitait à VOIR, JUGER, AGIR sous l'éclairage de l'Évangile. Le souffle qui animait ce genre de mouvement se retrace actuellement dans l'émergence d'autres réseaux : par exemple, « Nouvelle Image de la Paroisse »; projets paroissiaux axés sur la présence aux plus pauvres ou aux plus souffrants; certains regroupements de jeunes artistes éveillés à la dimension sociale; les comités et la Table Justice et Foi qui essaiment un peu partout; etc. Ces projets ou regroupements méritent toute l'attention des évêques et un encouragement tant moral que financier de premier ordre puisqu'ils s'inscrivent dans le vif du projet évangélique, actualisent la Bonne Nouvelle et représentent aux yeux de la jeune génération le visage le plus inspirant de l'Église.

Le décodage des priorités

Du logement au respect de l'immigrant, l'éventail des problématiques susceptibles d'interpeller les croyants est pratiquement sans limites. Il revient aux chrétiens de chaque milieu de lire ses priorités à la lumière des valeurs que Dieu préfère et d'inventer, compte tenu des structures en place, les solutions humaines aux problèmes humains. Dans un contexte communautaire, savoir lire ou « voir » équivaut entre autres à évaluer les urgences, à reconnaître les charismes et à faire confiance à ce qui lève dans le coeur des croyants.

Dans les milieux mieux nantis, le sens de la fraternité des chrétiens est tout autant sollicité par la misère qui crie un peu plus loin (dans la paroisse voisine, dans une autre banlieue, dans les centres-villes), ou par l'un ou l'autre réseau de solidarité (consacré à quelque problématique sociale : solitude des enfants, parents débordés, problèmes d'alcoolisme, maladies infantiles, présence aux malades, aux mourants, soutien aux étrangers, prévention du suicide, attention à l'environnement, etc.), ou par des mouvements associatifs (nationaux ou internationaux).

La circulation des expériences

Pour que les besoins soient connus, que les expériences en cours soient diffusées et qu'elles remplissent leur fonction de témoignage et de stimulation ou d'interpellation, il importe d'utiliser tous les moyens courants (affiches, bulletins, journaux, grands medias...) et de mettre sur pied des réseaux de communication interactive.

Les pratiques communautaires exercées au nom de la foi devraient avoir leurs archives et les chrétiens volontaires ne devraient pas avoir à chercher longtemps des lieux d'engagements ou, pire, se voir fermer les portes de l'équipe pastorale sous prétexte qu'elle est débordée par les fonctions liturgiques ou catéchétiques.

La conversion au sens communautaire

La prise en charge par le milieu de ses propres actions et de ses projets ne convient guère à l'approche autocratique d'une certaine tradition ecclésiale. Si l'organisation de la communauté réclame le travail de leaders ou d'animateurs permanents, il importe de stimuler à long terme l'engagement des chrétiens eux-mêmes dans les rouages de l'action commune, dans la réflexion chrétienne et dans l'expression liturgique subséquente. Il y a là un renversement de taille concernant la manière habituelle de conduire les affaires de l'Église, d'opérer la transmission des contenus et de garantir l'orthodoxie. En revanche, on trouve là des échos non négligeables des communautés créées par saint Paul dans lesquelles les structures émergeaient du dynamisme du groupe en réponse à ses propres défis et aux nouvelles situations qui surgissaient [16].

Bref, on ne saurait privilégier l'option communautaire sans encourager du même souffle le partage des pouvoirs ou la prise en charge de la vie communautaire par les croyants eux-mêmes. Cela parle de dé-centralisation de la pensée, de symboliques en gestation, de prises de décision locales et de leadership pastoral. Pour dire les choses autrement, on reconnaîtra que le virage communautaire aura été pris le jour où l'expression de la foi chrétienne évoquera dans l'imaginaire des gens, non pas d'abord les célébrations sacramentelles ou le discours des autorités instituées, mais davantage la circulation de certaines valeurs au ras du sol grâce à l'engagement d'hommes, de femmes et de jeunes croyants. On ne saurait parvenir à une telle transformation sans que les chrétiens prennent eux-mêmes en mains la direction de leur expérience évangélique.

Tout comme le travail éducatif communautaire concourt à la prise de conscience de l'échec de l'État-providence au profit de la responsabilité personnelle et collective, l'option communautaire dans le champ du christianisme devrait dégager les croyants d'une attitude attentiste à l'égard des permanents de la communauté au profit d'une prise en charge de ce qui fait la substance de leur expérience chrétienne sous l'angle des trois pôles.

En appeler au courage qui dort

Dans une perspective tout à fait séculière, trois spécialistes de l'action communautaire écrivaient ce qui suit à propos des attitudes préalables à ce genre d'engagement :

S'engager dans l'action communautaire suppose un minimum de conscience quant à la réalité de l'exploitation et de l'oppression [...]. L'action communautaire implique, règle générale, des modifications profondes de son genre de vie [...]. La disponibilité d'un intervenant doit être différente de celle d'un professeur d'université ou d'un fonctionnaire [...]. Règle générale, c'est la révolte contre la misère, l'inégalité, l'oppression sous toutes ses formes qui nous incitent à faire quelque chose pour que ça change[17].

Destinées à des étudiants des Sciences sociales, ces lignes laissent entendre que, quelque part dans la population, il se trouve des humanistes désireux de collaborer au souffle prophétique du mouvement communautaire. En somme, l'esprit communautaire existe au pays. On le retrace en région, dans les quartiers populaires des villes, dans des réseaux de solidarités liés à quelque problématique sociale ou psychologique et dans divers mouvements associatifs.

C'est à cet esprit de libre générosité et de saine révolte que l'Église d'ici pourrait s'adjoindre pour que la foi prenne vie et feu dans le réel des cités humaines. Qu'on ne dise pas que la population n'est pas prête au virage communautaire. Il est déjà amorcé ici et là, au nom de l'humanisme. Et il tarde à plusieurs d'exercer ouvertement avec d'autres le même amour des plus pauvres au nom de l'Évangile de Jésus Christ.

Acquérir et transmettre des compétences

Préciser ce que pourrait être la formation communautaire des pasteurs et des divers agents de pastorale dépasse les limites de notre mandat. Voici tout de même quelques pistes.

L'option communautaire présuppose que ces derniers connaissent les processus communautaires d'apprentissage, disposent d'approches qui en respectent l'esprit démocratique et revêtent les qualités précitées (l'amour des gens, une saine révolte, la volonté de toucher aux structures sociopolitiques...) auxquelles on doit en tout réalisme ajouter la patience, une foi à toute épreuve et la méditation assidue de la Parole de Dieu.

Ce genre d'animation est aux antipodes du leadership autocratique et même de l'enseignement scolaire. Son matériau de base ne sera rien d'autre que les Écritures et ce qui lève dans le milieu. Si cette approche réclame de la rigueur, sa mise en oeuvre s'articule au fur et à mesure que se développe la participation collective.

Le pasteur ou l'agent de pastorale oeuvrant à l'esprit communautaire apprend à dépasser la forme habituelle que prend le narcissisme dans notre civilisation de l'image : ce n'est pas lui l'auteur de l'oeuvre qui s'élabore et il excellera d'autant plus dans son travail qu'il se laissera dé-saisir de son leadership et de son expertise pour les passer aux chrétiens du milieu. S'il est témoin, ce n'est pas de sa propre compétence ou sainteté, mais de l'Évangile qui fait s'incliner le maître devant ceux qu'il sert. Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse (Jn 3, 30) fait figure ici d'excellent leitmotiv.

Ce qu'il importe de souligner avant tout au chapitre de la formation, c'est que l'expertise des leaders demande à être transmise au fur et à mesure qu'elle rencontre la relève. Et ceci ne vaut pas seulement pour l'agir, mais tout autant dans les champs de la "pensée" spirituelle, de l'expression liturgique et du "juger" chrétien dont il sera maintenant question.

B. LA COMMUNAUTÉ COMME LIEU DE RECHERCHE ET DE L'EXPÉRIENCE DE DIEU

Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières (Ac 2,42).

Je ne vous laisse pas orphelins... l'Esprit Saint vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Jn 14, 18; 15, 26

Une expérience spirituelle

La communauté chrétienne locale, avons-nous établi plus haut, constitue le lieu le plus naturel où s'amorcent et se poursuivent la connaissance de Dieu, la contemplation des mystères de la foi, l'approfondissement des Écritures, la prière et la célébration du mystère pascal (et des autres sacrements) dont l'Église a mission d'assumer la continuité.

Communauté chrétienne, ici, déborde largement l'assemblée dominicale dans l'église paroissiale. Il s'agit d'un regroupement de croyants d'un même territoire qui, pleinement dévoué à construire la fraternité dans le quotidien réel, se donne aussi des moments pour soumettre son action à la lumière des évangiles, pour porter ses fruits et ses échecs dans la prière partagée, pour entendre le message des volontés de l'Autre semées dans les Écritures et pour célébrer les mystères de l'Alliance réalisée en Jésus Christ en faveur de toute l'humanité. L'« agir » communautaire franchit sa limite sociohistorique quand il est pris en compte dans le « voir », le « juger » et le « prier » judéo-chrétiens. Il prend alors les traits de l'expérience spirituelle sans laquelle il ne saurait y avoir ni communication, ni écoute de la Parole de Dieu. [18]

À quelles conditions la communauté locale peut-elle devenir le lieu de l'expérience spirituelle, compte tenu de tout ce qui précède concernant la poursuite collective des valeurs mentionnées?

Un langage cohérent

Il existe aujourd'hui une usure et une perte de signifiance du discours chrétien habituel. Celui-ci paraît souvent inopérant, inadapté, comme s'il appartenait à un entretien autre que celui qui retient l'attention de nos contemporains, comme s'il parlait ailleurs que là où, effectivement, les personnes s'interrogent, comme s'il s'appuyait sur une philosophie ou un ensemble de références qui ne sont plus immédiatement les leurs [19].

Pour que les apprentissages de la foi et les actes cultuels soient organiquement liés à l'expérience communautaire, il importe que les contenus, les gestes et les paroles qui les expriment renvoient directement ou symboliquement à cette expérience.

Une telle recherche de cohérence touche éventuellement le langage de la prière elle-même, la disposition des lieux liturgiques, l'approche homilétique, les types de célébrations à privilégier suivant les événements qui surviennent sur le territoire; elle touche aussi la manière de gérer les sacrements de l'initiation chrétienne et elle touche enfin les contenus de l'enseignement religieux au sens large du terme.

En effet, il est une manière de dire les choses de la foi qui invite à se réfugier dans des attitudes attentistes à l'égard de la providence divine. Il est une manière de dire les choses de la foi qui, à grand renfort de concepts philosophico-théologiques, ne nourrit qu'une vision abstraite de l'Alliance ou du salut, c'est-à-dire sans rapport avec la vie réelle des individus ou avec l'histoire des peuples ni, par conséquent, avec l'esprit des Écritures[20]. Il est une manière d'administrer la vie sacramentelle qui présuppose que l'Esprit Saint est à jamais inféodé à nos rituels... Il est enfin une manière d'évoquer, de représenter, de célébrer ou même de vivre la foi qui évacue plus ou moins totalement la dimension communautaire :

Pour être plus précis, nous dirions que, concernant les langages de la foi et de l'enseignement religieux, il est urgent d'élargir une certaine spiritualité qui privilégia trop exclusivement la relation à Dieu sous l'angle de l'amour interpersonnel, pour la mettre en rapport dialectique avec la chair de l'histoire collective dans laquelle nous sont parvenues la Révélation et l'Alliance. Autrement dit, il nous tarde que soit davantage manifesté le caractère prophétique de la mission ecclésiale qui ne peut que s'enraciner dans la tradition prophétique du peuple d'Israël :

C'est donc du côté de la révolte, des droits inaliénables du pauvre à la richesse, de l'affamé au pain et au surplus, du réfugié au gîte et à la sécurité, du paria à l'égalité et à l'autonomie, que se situe le prophétisme; non du côté de la formulation théorique de ces droits, mais du côté de l'effort créateur pour les faire pénétrer dans la réalité sociale, les sociétés établies dussent-elles en craquer [21].

Inventer et tenir la recherche à jour

Parce que la catéchèse in vivo reste à inventer, il apparaît de plus en plus nécessaire de multiplier les initiatives d'expérimentation, d'encourager les efforts de recherche qui permettraient de recueillir les expériences innovatrices et d'évaluer leurs résultats, de décoder les processus d'apprentissage dans la vie communautaire et d'identifier les voies les plus efficaces de rallier des hommes, des femmes et des jeunes gens autour du projet de Jésus Christ.

Sans doute faudra-t-il aussi multiplier les lieux de ressourcement et encourager l'émergence de moyens qui permettront aux pasteurs et aux divers intervenants chrétiens de dégager continuellement les sens spirituels de leur expérience communautaire.

C. LA COMMUNAUTÉ COMME LIEU D'ANNONCE DE LA PAROLE ET DE SOUTIEN à SON INTÉGRATION

[...] ils avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés (Ac 2, 47).

Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux confins de la terre (Ac 1,8).

La Parole de Dieu

Il va sans dire que l'aliment substantiel des communautés engagées dans les processus de la croissance de la foi demeure la Parole de Dieu. De telles communautés ne sauraient émerger ni durer si elles ne se donnent pas des moments et des instruments de lecture, de méditation, d'interprétation (actualisation) de la Parole de Dieu.

Sans doute les pasteurs disposent-ils en cela d'une longueur d'avance, en raison de leur formation biblique et théologique. Si de telles connaissances peuvent éclairer ou guider la communauté, il revient à chaque croyant et à l'entité communautaire elle-même de se mettre à l'écoute de ce que leur révèlent les Écritures. C'est surtout à cela que les leaders devraient exceller : articuler sur la vie de la communauté ou des individus des moments et des manières appropriées de découvrir l'étonnante présence de Dieu à travers sa Parole.

Cela demande sans doute un haut degré de contemplation et de méditation des Écritures, une capacité maximale d'écoute de l'autre et beaucoup de créativité.

Que devient l'annonce du kérygme?

Dans l'expérience communautaire telle que décrite ici, le kérygme n'est pas tant proclamé verbalement que présent d'une présence réelle : si vous améliorez réellement vos voies et vos oeuvres, si vous avez un vrai souci du droit entre vous [...] alors je resterai avec vous en ce lieu (Jr 7, 3-7).

Une telle conception n'empêche pas que soient employés d'autres moyens plus traditionnels d'annoncer le kérygme, mais à vrai dire, nous ne croyons pas à l'efficacité d'un enseignement purement notionnel, c'est-à-dire non enraciné dans le témoignage communautaire. Et cela vaut non seulement pour la proclamation du kérygme, mais pour tout contenu destiné aux apprentissages de la foi.

D. QUELQUES OBSTACLES PRÉVISIBLES

Le coefficient politique

L'engagement de la communauté chrétienne en faveur tout particulièrement des plus démunis de la société ne peut qu'entraîner des prises de conscience de type politique et, en conséquence, des gestes à teneur politique. Si la hiérarchie de l'Église doit user de prudence en cette matière, les groupes de chrétiens, quant à eux, ne peuvent pas éviter de tremper les doigts dans les structures de la cité avec tout ce qu'elles supposent de complexité et exigent de sagacité. A cet égard, nous voulons porter à l'attention des évêques les deux observations qui suivent.

1. Une nouvelle génération de chrétiens tend à s'engager au nom de sa foi dans le vif des problématiques sociales. Il est à espérer qu'elle ne soit pas contrainte - en réaction à des attitudes de suspicion ou à la lenteur des structures - à construire une Église parallèle.

2. à force d'appliquer des stratégies éducatives ou pastorales qui vont toujours dans le sens des croyants les plus traditionnels, l'autorité ecclésiale risque d'accentuer la désespérance de ceux qui, depuis des décennies, lisent tout autrement les appels lancinants de l'Évangile et, par conséquent, de multiplier les désertions institutionnelles.

Perdre la maîtrise

Nous l'avons souvent évoqué dans ce texte, le type d'éducation de la foi in vivo que nous proposons ici fait appel à une confiance libre et aveugle dans les puissances de l'Esprit Saint. Il réclame de l'autorité épiscopale qu'elle envoie parmi les loups et qu'elle soutienne ceux qui, à la suite de Jésus, voudraient vivre l'aventure de la communauté chrétienne avec tout ce qu'elle entraîne d'imprévus, de transformations, de nouveautés et de menaces en regard des structures séculaires. C'est évident, l'éducation de la foi par et dans l'approche communautaire suppose aussi un déplacement des lieux du savoir-faire, du savoir-penser et, peut-être même, du savoir-prier, puisqu'il s'agit de remettre progressivement aux communautés elles-mêmes la responsabilité de leur recherche spirituelle et de leur engagement évangélique.

Un tel déplacement n'est pas de tout repos; il soumet à rude épreuve la vertu de prudence, mais nous souhaitons que les évêques puissent orienter les communautés de chez nous jusque-là.

La dimension financière

« Envoyer » veut dire non seulement indiquer la route, mais aussi « supporter financièrement ». Il est évident que les membres du personnel chargés de susciter, de consolider, de déployer la vie communautaire auront besoin d'un salaire. Nous sommes également conscients que la majeure partie des revenus de l'Église vient des croyants plus traditionnels qui, quelquefois, résistent assez fort aux changements. Cette situation paradoxale fait d'autant plus appel à la volonté épiscopale quant à l'édification, coûte que coûte, de véritables communautés chrétiennes.

Supporter financièrement la permanence dans le champ de l'action communautaire chrétienne, cela peut vouloir dire d'y orienter une part des effectifs (prêtres diocésains, religieux, religieuses, missionnaires, laïques, diacres, etc.), en prenant soin de choisir celles et ceux qui se montrent aptes à épouser l'esprit et les pratiques communautaires.

Quoi qu'il en soit, même dans nos sociétés démocratiques, les organismes communautaires hors réseaux (ONG) sont affrontés à de perpétuels problèmes de financement. A l'image de ceux qu'ils défendent et vu les valeurs qui les polarisent, ni le luxe ni la carrière ne font partie de leurs objectifs de travail. Cela n'empêche pas le mouvement communautaire d'apparaître aujourd'hui comme la plus prometteuse solution à l'érosion des pouvoirs économiques des gouvernements [22].

E. QUELQUES RECOMMANDATIONS

Considérant que la communauté chrétienne - en tant que signe et artisan du Royaume de Dieu - constitue la matrice et la médiation par excellence de l'éducation de la foi;

considérant qu'une telle communauté est à la fois lieu de fraternité et de solidarité, lieu de recherche et de l'expérience de Dieu, lieu d'annonce et d'intégration de sa Parole, nous recommandons en termes de stratégies :

  1. d'orienter les croyants d'ici vers l'accomplissement collectif de la Parole de Dieu, de sorte que la poursuite de la justice dans la cité humaine devienne indissociable de leur foi au mystère de Jésus Christ;
  2. d'envoyer dans les quartiers, zones ou régions des prêtres, des agents de pastorale et d'autres intervenants capables de créer des réseaux de solidarités humaines directes et indirectes, tout en aidant les communautés à se donner les conditions de porter cette expérience dans la foi en Jésus Christ et devant la Parole de Dieu;
  3. de mandater pour ce faire des personnes qui maîtrisent les processus communautaires d'apprentissage, qui respectent l'esprit démocratique inhérent et revêtent les qualités humaines et spirituelles préalables à ce genre de travail;
  4. de promouvoir l'engagement des chrétiens laïques dans les rouages de l'action communautaire, de la réflexion chrétienne et de l'expression liturgique;
  5. d'encourager moralement et financièrement les projets et les regroupements qui poursuivent dans leur milieu des objectifs de justice sociale et de restauration de la dignité humaine;
  6. de stimuler les communautés mieux nanties à supporter les communautés plus démunies et à oeuvrer dans divers réseaux de solidarité;
  7. d'intégrer à la vie communautaire l'animation des jeunes de manière à ce qu'ils expérimentent in vivo les valeurs privilégiées par l'Évangile;
  8. d'assurer une présence réconfortante auprès des jeunes les plus mal munis sur les plans physique et psychosocial;
  9. de travailler à la recherche de cohérence entre, d'une part, le langage religieux, les rites sacramentels et, d'autre part, le caractère essentiel de l'engagement à la transformation du monde au nom de l'Évangile;
  10. de chercher les moyens d'articuler sur la vie des communautés des moments et des manières appropriées de lire la Parole de Dieu, de prier collectivement et d'accomplir les sacrements de la foi chrétienne;

et nous recommandons en termes de moyens plus immédiats :

  1. de promouvoir la plus large et la plus dynamique participation possible des laïques à l'élaboration des communautés;
  2. de susciter des instruments pédagogiques qui supportent l'apprentissage des solidarités communautaires et de la critique sociale tout en dévoilant leur pertinence pour la foi;
  3. d'encourager des communications interactives à travers les médias de masse, communautaires et d'Église, tant au niveau de l'information que de la fiction pour que circulent d'un milieu à l'autre les expériences et les utopies communautaires;
  4. d'inviter les Facultés de théologie et autres personnes et groupes compétents à recueillir les expériences innovatrices, à les évaluer, à décoder les processus d'apprentissage de la foi immergée dans la vie collective et d'identifier les voies les plus efficaces pour rallier les croyants autour du projet de Jésus Christ;
  5. d'aménager des lieux d'échange et de concertation communautaires afin que les milieux s'éclairent et se stimulent réciproquement pour ce qui est de leur vocation missionnaire et éducative;
  6. d'organiser des mécanismes de consultation permanente entre l'épiscopat et les communautés locales afin que les priorités pastorales soient constamment tenues à jour.

 

[1] Guy PAIEMENT, Allocution donnée à l'UQUAM, avril, 1991.
[2] O.C.Q., Les nouveaux défis de l'éducation de la foi des adultes au Québec, Fides, 1988, p. 75.
[3] À cet égard, le dossier intitulé « Les prêtres de l'Expo », dans la revue Communauté chrétienne, vol. 3, no 17, p. 11 à 19, est éloquent.
[4] Christopher LASCH, Le complexe de Narcisse, Laffont, 1981.
[5] Ricardo PETRELLA, « Demain, plus d'Etat, une entreprise mondiale », in L'Autre Journal, no 14, juillet-août, 1991.
[6] Georges STEINER, Réelles présences, Gallimard, 1989.
[7] Hans JONAS, Le principe responsabilité, Cerf, 1990.
[8] Pierre ROSANVALLON, La crise de l'État-Providence, Seuil, 1984, p.41.
[9] ROSANVALLON Pierre, op. cit., p.119.
[10] « ... je suis responsable d'une responsabilité totale, qui répond de tous les autres et de tout chez les autres, même de leur responsabilité », cité par Lévinas, Ethique et infini, Fayard, 1982, p.95)
[11] Document de travail remis au Comité conseil par le Comité exécutif, le 19 avril, 1991.
[12] E. ERIKSON, Luther avant Luther, Flammarion, p. 44.
[13] E. ERIKSON, Adolescence et crise, Flammarion, Paris, 1972, p. 130.
[14] Objectif terminal 3.4 du Programme d'enseignement religieux catholique.
[15] Xavier ALEGRE, Diakonia, no 51, p. 9.
[16] Xavier ALEGRE, op. cit., p. 3 à 7.
[17] H. LAMOUREUX, P. MAYER, J. PANET-RAYMOND, L'intervention communautaire, éd. Saint-Martin, Montréal, 1984, p. 27-30.
[18] Emilio ALBERICH, La catéchèse dans l'Église, Cerf, Paris, 1986, p. 91.
[19] André FOSSION, La catéchèse dans le champ de la communication. Ses enjeux pour l'inculturation de la foi, Paris, Cerf, 1990, p.373.
[20] Des recherches récentes mettent en évidence cette effarante observation : la plupart des pratiquants, engagés ou non dans quelque participation sociale, n'établissent aucune relation entre un engagement de ce type et la foi chrétienne.
[21] André NEHER, L'existence juive, Seuil, Paris, 1962, p. 265
[22] Voir à cet égard les ouvrages déjà cités de Pierre ROSANVALLON et de Ricardo PETRELLA.