AECQ : Le tournant en éducation religieuse des jeunes un nouveau défi

Le tournant en éducation religieuse des jeunes un nouveau défi

L'Assemblée des évêques catholiques du Québec
18 octobre 2000 | English version
Pierre Morissette
Président

L'Assemblée des évêques du Québec et l'éducation religieuse des jeunes

En juin 2000, le Gouvernement du Québec adoptait une nouvelle loi, la loi 118, modifiant les aspects confessionnels de la loi sur l'Instruction publique. Dorénavant, les écoles du système public ne peuvent plus être catholiques ou protestantes, elles deviennent des écoles communes, sans statut ou projet particulier de nature religieuse.

Malgré le fait que la nouvelle loi garantit le droit à l'enseignement religieux, les changements apportés en ce qui a trait à l'animation pastorale et au statut de l'école marquent un tournant important pour l'éducation religieuse des jeunes. L'école jouera encore un rôle en regard de l'éducation religieuse. L'Église pour sa part continuera d'assumer sa responsabilité de la transmission de la foi en dehors du réseau des écoles publiques.

Dès l'adoption de la nouvelle loi, l'Assemblée des évêques du Québec s'est mise à l'oeuvre. Elle a prévu se donner un cadre de formation catéchétique et une proposition d'instruments pour aider les diocèses à élaborer des plans d'action locaux pour la formation chrétienne des jeunes. Les évêques du Québec veulent donc assurer les parents de leur entière collaboration dans le tournant à prendre en éducation religieuse. Ils comptent sur une plus grande participation des familles et des communautés chrétiennes pour relever cet important défi d'être des guides pertinents auprès des jeunes pour leur proposer Jésus-Christ.

Le 18 octobre 2000

Le tournant en éducation religieuse des jeunes un nouveau défi

En juin dernier, le Gouvernement du Québec adoptait une nouvelle loi, la loi 118, modifiant les aspects confessionnels de la loi sur l'Instruction publique. Dorénavant, les parents n'auront plus la possibilité de demander la reconnaissance d'un statut confessionnel pour l'école publique que leurs enfants fréquentent. Les structures d'encadrement que les lois antérieures avaient prévues (comités catholique et protestant, sous-ministres de foi catholique et protestante...) ont été abolies le premier juillet de cette année.

De plus, l'animation pastorale sera remplacée par un service d'animation spirituelle et d'engagement communautaire dès juillet prochain, pour le secondaire, et à compter de juillet 2002, pour le primaire. Un enseignement religieux confessionnel continuera d'être offert aux élèves, mais le temps de l'enseignement religieux sera certainement diminué au secondaire et risque de l'être au primaire. Les conseils d'établissement auront une certaine latitude pour déterminer ce temps et son aménagement dans le programme d'études.

En conséquence, les écoles du système public ne peuvent plus être catholiques ou protestantes, comme auparavant; elle deviennent des écoles communes, sans statut ou projet particulier de nature religieuse.

Un changement important

La nouvelle loi garantit, certes, le droit à l'enseignement religieux. Cependant, les changements apportés, en particulier en ce qui a trait à l'animation pastorale et au statut de l'école, marquent un tournant important pour l'éducation religieuse des jeunes. La formation catéchétique, l'éducation de la foi (prière, attitudes chrétiennes, etc.), ne sera pas donnée à l'école. Depuis un certain temps déjà, on comprenait que l'enseignement religieux scolaire n'avait pas pour objectif premier de faire grandir la foi, ni de catéchiser, mais bien de donner les fondements de la foi chrétienne. Cependant, dans les faits, en raison de l'homogénéité de plusieurs de nos milieux et aussi de l'implication généreuse et du témoignage de plusieurs enseignants et enseignantes, la formation catéchétique des jeunes était encore assurée de façon significative dans plusieurs écoles. Il n'en sera plus ainsi dans l'avenir. La loi est claire à cet égard.

La catéchèse ou l'éducation de la foi demeure une des toutes premières responsabilités de l'Église. Évangéliser est la mission même de l'Église. Et « la catéchèse est l'un de ces moments - et combien remarquable - de tout le processus d'évangélisation », comme Jean-Paul II lui-même nous l'a rappelé.[1] L'Église ne peut donc pas se soustraire à son devoir. Elle doit jouer son rôle spécifique dans le processus d'éducation de la foi.

Jusqu'à présent, au Québec, l'école a été un partenaire majeur de l'Église pour l'éducation religieuse des jeunes. Il faut lui être reconnaissant pour cette importante contribution à une formation religieuse bien intégrée à l'histoire et à la culture d'ici. La situation créée par la loi 118 dans un contexte sociologique en constante évolution amène l'Église à assumer désormais une plus grande part de sa responsabilité en dehors du réseau des écoles publiques.

L'école continuera, toutefois, à jouer un rôle en regard de l'éducation religieuse. Tout au long du primaire et du premier cycle du secondaire, l'école assurera un enseignement permettant aux jeunes de connaître leur religion. Au deuxième cycle du secondaire, d'autres grandes traditions religieuses qui ont des adhérents au sein de la population québécoise seront présentées. Il est heureux que le législateur ait reconnu l'importance de l'enseignement religieux à l'école. Dans les longs débats qui ont précédé l'adoption de cette loi, les parents ont eu l'occasion d'exprimer leur désir de le maintenir. De plus, son importance culturelle a été largement reconnue. Il faut souhaiter maintenant que des ressources suffisantes soient allouées pour le perfectionnement et le soutien des personnes qui auront à assurer cet enseignement.

Il est bon de rappeler que cette nouvelle situation n'empêche pas certaines écoles privées de se donner une orientation où la place de la tradition catholique constituera une caractéristique importante de la formation dans leur projet-école.

Les évêques, pour leur part, en collaboration avec certaines personnes engagées dans les réseaux d'éducation, ont développé une réflexion sur le rôle de l'école, celui de la famille et celui des communautés croyantes catholiques en ce qui regarde l'éducation de la foi. On pourra profiter de ces orientations dans le document Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes[2] qui vient d'être rendu public. L'école demeure un lieu privilégié pour le développement de la personne et plusieurs parcours susceptibles de concourir à l'équilibre de la formation religieuse peuvent être proposés aux jeunes (par exempleÊ : découvrir et mieux connaître l'héritage spirituel et moral de la tradition chrétienne, se situer face aux croyances et aux pratiques religieuses de la famille et du milieu... etc.)

Une nouvelle étape

Dans les mois à venir, il faudra d'abord s'approprier la nouvelle situation. Les services de l'éducation chrétienne des diocèses, les pasteurs dans chaque milieu, les éducateurs et éducatrices aussi auront pour tâche d'expliquer aux parents les changements que la loi 118 impose.

En même temps, l'Assemblée des évêques du Québec a prévu se donner un cadre de formation catéchétique et une proposition d'instruments pour aider les diocèses à élaborer des plans d'action locaux. Les communautés paroissiales étaient relativement bien équipées et organisées pour l'initiation sacramentelle. Il s'agit maintenant de poursuivre une authentique initiation chrétienne : montrer qui est Jésus-Christ, incorporer les jeunes dans une communauté chrétienne... etc. Il est difficile d'être plus précis à ce moment-ci, le changement étant trop récent.

La foi est un héritage à transmettre. Dans notre contexte culturel, elle se transmet sous la forme d'une découverte à faire, d'une recherche à entreprendre. On la propose en invitant à franchir des pas, des bouts de chemin, des parcours, qui mènent à une découverte progressive des richesses qu'elle recèle. Et il faut des guides capables de soutenir « l'expérience de la vie vécue sous le souffle et la puissance de l'Esprit » (Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes[3]).

Les parents auront à « inviter leurs enfants à faire les premiers pas qui les conduiront à la foi »[4]. La responsabilité des paroisses sera de développer une capacité nouvelle de proposer la foi aux jeunes. Le but est « d'assurer une formation catéchétique et biblique plus poussée que celle qui accompagne l'initiation aux sacrements »[5]. Il y va de l'avenir de la formation des jeunes et même de l'avenir des communautés chrétiennes.

On peut aborder cette nouvelle étape avec confiance. Un grand nombre de parents sont encore soucieux de la formation religieuse de leurs enfants. De nombreux sondages l'ont clairement indiqué. Ces parents vont, pour plusieurs sans doute, accepter de prendre le virage et même de collaborer activement à sa réussite. Les pasteurs et agents de pastorale auront beaucoup à faire pour soutenir ces parents et les aider dans leurs engagements nouveaux. Il y a quelques années, la décision d'assumer la préparation aux sacrements dans le cadre de la pastorale paroissiale plutôt qu'à l'école laissait présager des moments difficiles. Ce fut fait et avec un succès indéniable, dans l'ensemble, ce qui est encourageant et prometteur pour l'avenir.

« La catéchèse est une responsabilité qui relève de toute la communauté chrétienne »[6]. Jean-Paul II, pour sa part, insiste : « La catéchèse a toujours été et reste une oeuvre dont l'Église toute entière doit se sentir et se vouloir responsable »[7]. Nous sommes invités à entrer dans cette démarche avec foi et espérance sachant que l'Esprit Saint ne nous laisse pas seuls. Il nous précède sur la route que nous prenons. C'est ensemble que nous relèverons le défi d'être des guides pertinents auprès des jeunes pour leur proposer Jésus-Christ.

† Pierre Morissette
Président
Assemblée des évêques du Québec

Le 18 octobre 2000

[1] Jean-Paul II, Exhortation apostolique Catechesi tradendae sur la catéchèse en notre temps.

[2] Assemblée des évêques du Québec, Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes, une force pour vivre, L'Église aux quatre vents, Fides, 2000, 80 p.

[3] Assemblée des évêques du Québec, Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes, une force pour vivre, L'Église aux quatre vents, Fides, 2000, p.31

[4] Ibid., p. 34.

[5] Ibid., p. 48.

[6] Directoire général de la catéchèse, Congrégation pour le clergé, Cité du Vatican © 1997, Ottawa, Concacan, 1997, no 220.

[7] Catechesi tradendae, no. 16.