AECQ : Réflexion sur le projet d'entente entre le gouvernement du Québec et les Innus du Lac Saint-Jean et de la Côte-Nord

Réflexion sur le projet d'entente entre le gouvernement du Québec et les Innus du Lac Saint-Jean et de la Côte-Nord

Le Comité de pastorale auprès des autochtones
de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec
5 janvier 2003

Bien chers amis(es),

Il y a quelque temps, le gouvernement du Québec confiait à un mandataire spécial, la mission importante d'établir un nouveau dialogue pour réaliser une entente commune entre les Innus (Montagnais) de la Côte Nord et du Lac Saint-Jean et les populations Blanches de ces régions.

Les signataires de la présente lettre sont des évêques, membres anciens ou actuels du Comité de la pastorale auprès des autochtones, de l'Assemblée des Évêques du Québec (AECQ). Le président de l'AECQ ajoute aussi sa voix au groupe, vu l'importance du propos. Les membres de ce comité sont, pour la plupart, en contacts fréquents avec divers groupes d'Amérindiens ou d'Inuits. Leur situation particulière les amène à faire les réflexions suivantes qu'ils croient utiles au sujet de cette entente :

1) Il nous semble que ce nouveau projet d'entente entre les Innus et les Blancs est très important. Une telle entente pourrait ouvrir une nouvelle ère de convivialité entre nos peuples, pour un nouveau mode de vie commune sur « notre mère la terre ». Nous souhaitons grandement que le dialogue se fasse dans la plus grande sérénité.

Nous souhaitions, dans notre lettre de 1992 [1], que Blancs et Autochtones puissent « construire ensemble un monde meilleur » (p. 8 et 9). Nous réitérons le même souhait aujourd'hui et nous sommes persuadés que cela est possible.

2) Nous croyons de tout coeur en la capacité de nos peuples de vivre ensemble, en harmonie. Nos racines spirituelles, de part et d'autre, constituent une base solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Notre foi en notre dignité commune d'enfants de Dieu nous fait croire en notre capacité de respect mutuel qui peut aller bien au-delà de la simple tolérance.

3) Cette mission sera réalisée par voie de négociation menée de bonne foi, de part et d'autre, suite à de franches discussions, évitant le plus possible la confrontation. Cette négociation fera appel aux compromis, de part et d'autre, pour une recherche d'équité entre des nations qui sont appelées inévitablement à vivre ensemble sur les mêmes territoires.

Une telle entente portera des fruits en autant qu'elle fera appel à la transparence de part et d'autre, et pourvu que l'information soit donnée à l'ensemble de la population. Nous avons la conviction que les peuples sont appelés à s'entendre, à plus forte raison ceux qui vivent si proches depuis longtemps. Une négociation bien conduite dans la transparence prévient beaucoup de critiques et suscite la confiance mutuelle.

4) La jeunesse de nos nations respectives ne cohabite pas habituellement dans les mêmes écoles, au primaire et souvent même au secondaire. Il y aurait sans doute des activités inter-écoles à susciter, (pensons à des classes vertes, à des classes de neige, à des activités de découvertes mutuelles des coutumes de vie, etc.), pour permettre aux jeunes de se connaître et de s'apprécier. Il y aurait, pensons-nous, un effort à faire pour permettre aux jeunes de découvrir les richesses mutuelles de l'histoire de nos diverses nations et même peut-être dans certains cas, une histoire corrigée [2]. Ces jeunes, la plupart du temps, ne peuvent même pas s'expliquer les tensions héritées du passé entre nations. Nous avons la conviction qu'une pensée généreuse, de la part des parents et des éducateurs, permettant à nos jeunes des échanges éducatifs entre nos nations, pourrait aider nos peuples à faire le pas décisif vers la création d'un nouveau climat de fraternité et de partage entre nous.

Notre lettre citée plus haut rappelait les valeurs spirituelles et culturelles des Autochtones, leurs droits, leurs liens étroits avec le Créateur, etc. Vous pourriez vous y référer dans le texte français ou anglais, disponible à l'adresse indiquée. Nous indiquons aussi comme fort intéressants les deux articles de Jean-Benoît Nadeau tout récents dans la revue L'actualité sur ce projet d'entente avec les Innus [3].

Nous souhaitons de tout notre coeur, plein succès aux responsables de cette importante mission. Nous prions le Grand Esprit, qui est l'Esprit de Jésus ressuscité, d'éclairer et de guider les personnes qui auront à participer à ces négociations.

Avec toute notre amitié et nos prières,

† Vincent Cadieux, omi
Évêque de Moosonee
Président du Comité

† Jean-Guy Couture
Évêque de Chicoutimi

† Douglas Crosby, o.m.i.
Évêque de Labrador City - Shefferville

† Vital Massé
Évêque de Mont-Laurier

† Pierre Morissette
Évêque de Baie-Comeau

† Raymond Saint-Gelais
Évêque de Nicolet,
Président de l'AECQ

† Gérard Drainville
Évêque d'Amos

[1] Les Premières Nations au Québec, Le Comité de pastorale auprès des Autochtones, Assemblée des évêques catholiques du Québec, 1992, 18 pages; adresse : 1225, boul. St-Joseph Est, Montréal, Qc, H2J 1L7 (2,00$)

[2] Un ouvrage qui vient tout juste de paraître : Mythes et réalités sur les peuples autochtones, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, décembre 2002. (Tél. : 1-800-361-6477) Regarder ce texte avec sympathie et circonspection...

[3] Nadeau, Jean-Benoît, « La vérité sur l'entente avec les Innus », et « L'entente en 12 questions », revue L'Actualité, 15 décembre 2002, pp. 54-68, Montréal.

Voir aussi

Gouvernement du Québec :
La proposition d'entente de principe avec les Innus : des évêques appuient cette proposition

Lettre originale (version pdf) : Réflexion sur le projet d'entente entre le Gouvernement du Québec et les Innus du Lac Saint-Jean et de la Côte-Nord