AECQ : Bâtir des milieux accueillants pour les familles

Bâtir des milieux accueillants pour les familles

Le Comité du laïcat
de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec
15 mai 2004

La famille n'a jamais été aussi socialement nécessaire. Elle évolue sans cesse mais demeure un lieu privilégié pour la formation de la société de demain. La famille demeure le premier lieu de vie de la personne. Elle est le lieu des premiers apprentissages et la source des premières affections. C'est un lieu où se dégagent dynamisme, vitalité et amour. Cependant on reconnaît que la vie de famille n'est pas toujours facile. Elle comporte son lot de situations difficiles et douloureuses. L'expérience vécue au sein de cette petite communauté, qu'elle soit positive ou négative, demeure un héritage important qui sera source de bonheur ou de tristesse pour la personne et la façonnera dans son rôle de citoyen et de citoyenne de demain. La famille est un rappel de l'histoire, une actualisation du présent et un accueil de l'avenir.

Conscients de l'importance de la famille, de son rôle et de son apport à notre société, saurons-nous bâtir des milieux accueillants pour répondre à ses besoins, à son épanouissement et l'aider à remplir sa mission individuelle et collective dans la société?

Des milieux qui accueillent les personnes telles qu'elles sont

Accueillir signifie d'abord recevoir la personne telle qu'elle est dans tout son être avec respect, attention, amour, justice, compassion : tout à fait à la manière de Jésus dans l'Évangile. Cela veut dire aussi la recevoir dans ses relations dont les plus significatives sont ses relations familiales. Accueillir, c'est donc aussi reconnaître que la personne évolue dans une famille authentique, indépendamment qu'elle soit constituée d'un ou des parents avec un ou des enfants d'âges variés. Accueillir, c'est reconnaître la richesse d'une famille dans la présence de parents et d'enfants qui peuvent occuper des lieux de façon différente.

Au centre de toutes les politiques sociales, culturelles et économiques du Québec se trouve fondamentalement la préoccupation de chaque personne qui compose la famille et de la famille dans son entité. Cela suppose d'être attentif à leurs besoins et de prendre des dispositions les meilleures pour y répondre. Évidemment, il importe de créer un environnement propice pour accueillir des demandes de parents, d'enfants ou d'adolescents et prévoir des réponses satisfaisantes dans des délais convenables, en créant des conditions qui leur permettent de développer un vécu harmonieux dans leur milieu de vie.

Des milieux qui accueillent les familles pour ce qu'elles sont

Il y a plusieurs lieux qui peuvent contribuer à accueillir les familles : les conciergeries par exemple. Accueillir les familles, c'est prévoir des logements aptes à recevoir des familles avec des enfants. Cela suppose que les politiques gouvernementales tiennent compte du fait que dans ces logements, les enfants pourront rire et courir sans nécessairement obliger les parents à s'excuser auprès des locataires adjacents.

Pensons aux municipalités qui ont une responsabilité immédiate auprès des familles. Accueillir les familles, c'est concevoir des programmes de loisirs diversifiés, des moyens de transport adéquats, des lieux de rassemblement confortables, aptes à correspondre aux besoins différents des adultes et des enfants. Accueillir, c'est penser à l'aménagement de parcs avec des jeux, à des programmes éducatifs et récréatifs porteurs de valeurs et facilitant la vie familiale.

Des milieux attentifs aux réalités contemporaines des familles

Dans la foulée de cet esprit d'accueil on ne peut négliger non plus une panoplie de situations actuelles vécues par les familles et qui ont un impact sur leur vécu. Pensons aux questionnements posés par la conciliation famille-travail. Imaginons-nous par ailleurs la situation de la société sans ces milliers de personnes - retraitées, bénévoles ou autres - qui prennent soin de leurs parents, les visitent, les soignent, les gardent avec eux et quoi encore! Portons notre attention à tous ces programmes intergénérationnels qui apportent une réponse diverse autant aux besoins des personnes aînées que des enfants, des adolescents et des parents. Voilà d'autres exemples de situations à la portée de tous; ils illustrent simplement ce que peut signifier « accueillir les familles » dans la vie courante.

Pour une culture de la famille

La société met en oeuvre divers services pour soutenir la famille. Ce sont des politiques ou des projets souvent ponctuels qui solutionnent des problèmes importants ou urgents pour le bien-être des familles. Cependant, pour bâtir des milieux accueillants pour la famille sur une base solide et durable, il faudrait créer une « culture de la famille ». Cela consiste à développer une pensée et un agir où la famille reste présente dans toutes ses composantes pour orienter les actions et les décisions; c'est développer un esprit qui favorise l'épanouissement de chacun des membres de la famille et prévoir un support à chaque membre afin de favoriser son épanouissement. Développer une « culture de la famille », c'est faire équipe avec la famille pour développer des services en lien avec ses besoins. Cela ne signifie pas « faire à la place de » mais bien soutenir et compléter l'effort des familles.

Bâtir des milieux accueillants pour les familles représente pour nous un volet de cette « culture de la famille » que notre société et l'Église ont à développer pour se rendre présents aux familles et les aider dans leur rôle fondamental de « cellule de base de la société ».

Une responsabilité partagée

Bâtir un milieu accueillant pour la famille est une tâche considérable qui ne pourra s'accomplir que par la contribution de toutes les instances. L'état et les organismes qui lui sont associés ont à penser et mettre en place des politiques familiales. La société civile est tenue par toutes les initiatives qu'elle suscite chez les divers groupes sociaux de continuellement promouvoir la « culture de la famille ». Il reste un combat à mener qui concerne toutes les citoyennes et tous les citoyens pour que les pressions issues de l'économie n'entraînent pas l'atomisation des familles et la destruction des liens intergénérationnels. Mettons-nous tous à la tâche. Il n'est jamais trop tard!

†Mgr Clément Fecteau
Évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière
Président du comité de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec
en lien avec la Table provinciale de la pastorale familiale

Texte publié dans Propos de familles, cahier de la Semaine québécoise des familles qui se tiendra du 10 au 16 mai 2004.