AECQ :Présence de l'Église

Présence de l'Église catholique au Québec
Dossier de presse

Comité des communications
Septembre 2008

Sommaire

Introduction - Une foi qui se vit depuis plus de 400 ans

Fiche 1            Formation à la vie chrétienne : Familles et paroisses prennent le relais
Fiche 2            Avec les jeunes, l’Église se renouvelle
Fiche 3            Une Église très engagée dans la société
Fiche 4            L’Église et le service aux familles, selon leurs diverses situations de vie
Fiche 5            Paroisses en transformation

Annexe I         Statistiques
Annexe II       Références

Les indications fournies dans ce dossier de presse sont des pistes de recherche pour alimenter un reportage ou favoriser la compréhension de certains enjeux actuels. On y trouvera en annexes des statistiques et des références. Ce dossier est disponible sur Internet : www.eveques.qc.ca

Introduction

Une foi qui se vit depuis plus de 400 ans

À l’occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec, le Comité des communications propose un dossier de presse aux journalistes, recherchistes et communicateurs qui s’intéressent aux faits sociaux et religieux au Québec. Ces fiches présentent quelques repères contemporains sur la réalité de l’Église catholique dans les diocèses du Québec. D’autres s’ajouteront progressivement.

Lorsque Québec devient, en 1608, la première fondation permanente des européens au nord de l’Amérique, elle figure aussi comme le berceau de la foi chrétienne sur ce continent. S’entremêlent alors l’ambition des découvreurs, la rencontre des cultures et la foi des personnes qui ont traversé l’océan en provenance de Saint-Malo. Un nouveau monde se façonne. Célébrer ses débuts, c’est aussi prendre en compte la dimension chrétienne qui en est indissociable et qui fait du Québec d’aujourd’hui une société incomparable, non seulement au plan religieux, mais aussi culturel, social, économique et politique.

En suivant les traces de cette Église qui se forme à même l’aventure française en Amérique, on découvre une histoire fascinante. Dirons-nous que la présence de l’Église catholique au Québec remonte à la première messe célébrée sur les berges de Gaspé, le 7 juillet 1534, avec Jacques Cartier et ses compagnons? Que la fondation de Québec en 1608 et l’arrivée des Récollets en marquent l’enracinement véritable? Que cette communauté de foi est née avec l’installation de la première « Église domestique » en la famille de Louis Hébert et Marie Rollet ou lors de la nomination de Mgr François de Laval comme vicaire apostolique en 1658?

Au-delà des interprétations historiques, on peut retenir cette parole de Jésus dans l’Évangile : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux (Mathieu 18, 20). Ainsi a pris naissance l’Église au Québec dès l’arrivée des premiers chrétiens dans ce « nouveau monde ». Et l’histoire se continue de diverses manières dans l’Église catholique au tournant des années 2000.

†  Vital Massé
    Évêque de Mont-Laurier
    Président du Comité des communications

Le 5 septembre 2008

FICHE 1
Formation à la vie chrétienne : Familles et paroisses prennent le relais

Depuis la rentrée scolaire, les élèves du primaire et du secondaire suivront tous le programme d’Éthique et de culture religieuse du ministère de l’Éducation du Québec. Désormais, la responsabilité de la formation à la vie chrétienne est entièrement remise aux familles et à leur communauté paroissiale. Ce tournant historique n’est pas sans bouleverser des habitudes bien ancrées.

La situation qui prévalait dans les écoles du Québec concernant l’enseignement religieux confessionnel remonte à l’arrivée des colons et des missionnaires français en Amérique. Les premiers changements fondamentaux sur le rôle de l’école ont été instaurés en 1984 : l’initiation sacramentelle, comprenant les sacrements de pardon, confirmation et eucharistie, était alors remise aux mains des paroisses. Il aura fallu ensuite moins de deux générations pour que l’école se dégage progressivement de toute implication religieuse en éducation.

Un défi de taille

Ce revirement de situation a contribué à mettre en place toute une organisation pour la formation à la vie chrétienne dans les paroisses des diocèses du Québec. Un défi de taille qui suscite cependant bien des avantages. L’accompagnement et la formation des catéchètes, souvent des parents bénévoles, donne l’occasion à des adultes de renouer avec leur expérience de croyante ou de croyant. La souplesse du cadre paroissial et la participation active des parents donnent lieu à une catéchèse dynamique et engagée.

Plusieurs parcours sont offerts. Des programmes flexibles sont conçus pour convenir aux différentes étapes du cheminement spirituel chrétien. Certaines approches mettent plus d’accent sur la Bible, d’autres sur la vie communautaire ou sur les rites et symboles qui jalonnent l’expérience des croyants. Si l’on parle aujourd’hui de parcours plutôt que de cours, cela dénote l’importance accordée à l’expérience des personnes qui s’engagent dans une telle formation, au-delà des connaissances.

Des statistiques

Depuis plus de cinq ans déjà les diocèses se sont engagés à mettre sur pied ces parcours catéchétiques, en mobilisant beaucoup d’énergie, de personnes ressources et de bénévoles. Un récent sondage indique que la majorité des paroisses (1 500 environ) offre des catéchèses aux enfants et aux adolescents. Près de 10 000 catéchètes sont en action et rejoignent environ 75 000 jeunes de différents âges et quelques centaines de parents.

L’Office de catéchèse du Québec a pour mission de soutenir les diocèses qui coordonnent les services offerts dans les milieux. Mandaté par les évêques du Québec, l’OCQ développe des outils d’animation adaptés à tous les âges.

Devenir chrétien à l’âge adulte

Depuis que l’initiation sacramentelle a été transmise aux paroisses en 1984, des parcours différents pour la formation à la vie chrétienne ont vu le jour. Comme le choix personnel des parents fait en sorte que des enfants ne sont pas baptisés dès leur plus jeune âge, les paroisses reçoivent maintenant des demandes de baptême pour des enfants d’âge scolaire. Il y a aussi de plus en plus de demandes de la part d’adultes qui désirent recevoir le baptême.

Dans le cas de l’adulte ou de l’enfant d’âge scolaire, une période d’initiation est nécessaire avant que le baptême soit donné. Il s’agit d’un parcours catéchétique, sacramentel et pratique appelé « catéchuménat ». Il comprend un enseignement et un temps d’apprentissage à la vie chrétienne. Les orientations qui guident les responsables de la formation à la vie chrétienne ont été publiées par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec dans un document intitulé Jésus Christ, chemin d’humanisation (Montréal, Médiaspaul, 2004, 110 pages).

Des expériences particulières

Un colloque sur la formation à la vie chrétienne qui a réuni environ 600 personnes à l’Université Laval, à Québec, en août 2007, avait pour thème : Cette catéchèse qui bouscule familles et communautés chrétiennes! Plusieurs ateliers thématiques ont témoigné d’expériences diverses en catéchèse, par exemple : les tout-petits et leur famille; les sources de la quête spirituelle des aînés; catéchèse et paroisses en réaménagement; les défis pour le bénévolat aujourd’hui; les mouvements et les camps : des lieux pour la catéchèse.

Un premier Dimanche de la catéchèse aura lieu le 21 septembre prochain. Le thème retenu pour 2008 est : Je prends rendez-vous avec la catéchèse. Il vise à mobiliser les forces vives des communautés chrétiennes et à les sensibiliser à l’importance de la catéchèse offerte en paroisse à divers âges de la vie. Il veut attirer l’attention du public sur les propositions catéchétiques faites en paroisse et informer les responsables paroissiaux sur des sujets liés à la catéchèse.

FICHE 2
Avec les jeunes, l’Église se renouvelle

De tout temps, des jeunes ont été actifs dans des groupes reliés à l’Église catholique au Québec. Qu’on pense au mouvement de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) qui a légué à la société québécoise certaines de ses figures prédominantes du XXe siècle dont Simone Monet-Chartrand et Claude Ryan, pour ne nommer que ceux-là. Aujourd’hui comme hier, les jeunes vivent une quête spirituelle intense au tournant de l’âge adulte et des groupes reconnus dans l’Église leur offrent des occasions de rassemblement, de partage et d’expérience proches de leurs valeurs et de leur mode de vie.

La pastorale jeunesse au Québec peut ainsi se comparer à une sorte de « nébuleuse » difficile à définir tant elle rejoint des intérêts diversifiés. Pour cette génération de l’Internet, les limites paroissiales et diocésaines s’évanouissent devant des relations d’appartenance qui se tissent en réseau. Un peu comme sur la grande toile, il s’en trouve pour tous les goûts. Voici quelques illustrations probantes d’une jeunesse qui cherche à donner une profondeur à sa vie et une portée à ses engagements.

Les forums jeunesse

Les évêques du Québec s'intéressent de près aux différentes initiatives en pastorale jeunesse, particulièrement dans leur milieu. Mais pour prendre le pouls des jeunes de manière plus directe, l'Assemblée des évêques catholiques du Québec a tenu en 2005 un premier forum jeunesse provincial. Par la suite, plusieurs diocèses ont pris le relais pour organiser des forums semblables dans leur propre région. De 2005 à 2007, les évêques de 18 diocèses ont ainsi rencontré 440 jeunes adultes, étudiants ou professionnels, vivant seuls ou en couple, certains jeunes parents, tous préoccupés de leur participation à la société et à l'Église. Il se dégage de ces rencontres que les jeunes veulent être des acteurs plutôt que des spectateurs et prendre une part plus active dans l’Église. « Si on est engagé dans l'Église ou dans la société, ce n'est pas par souci de suivre l'enseignement de l'institution, mais c'est à cause de Jésus et de l'Évangile », ont-ils souligné lors du forum provincial.  

Les rapports des participants à ces forums font ressortir leur attachement aux valeurs de partage, d'équité et de respect de la vie. Ils expriment leurs attentes face à l'Église où ils recherchent des relations de proximité dans des petites communautés chrétiennes et qu'ils désirent moins attachée à ses structures et aux règles morales. Les jeunes rencontrés sont aussi très critiques face à la société de consommation, craignent l'individualisme et vivent souvent des situations d'emploi précaire. Ils souhaitent bâtir un monde fondé sur l'être et non sur l'avoir. Le dialogue amorcé par le forum jeunesse se poursuit sous différentes formes dans les diocèses du Québec. Ces activités sont menées par des agents de pastorale qui forment ensemble le Regroupement québécois des responsables diocésains de pastorale jeunesse ; celui-ci fêtait en 2007 ses vingt ans d'existence.

La Journée mondiale de la jeunesse

La première fois que Sylvie Gagné* a participé à un rassemblement de la Journée mondiale de la Jeunesse, c'était à Saint-Jacques-de-Compostelle en 1989. Elle avait 19 ans. S'enchaînent celles de Czestochowa (Pologne), Denver (États-Unis), et ainsi de suite jusqu'à Cologne (Allemagne) en 2005. De fil en aiguille, elle est passée du statut de participante à celui d'accompagnatrice pour des groupes de jeunes de 16 à 35 ans répondant à l'invitation du pape Jean-Paul II d'abord, puis de Benoît XVI, de se rassembler pour célébrer et approfondir leur foi. L'an dernier, elle a déposé un mémoire de maîtrise ayant pour titre « La JMJ, une chance pour la catéchèse? » dans lequel elle développe une pédagogie de l'initiation destinée aux jeunes adultes.

« Personnellement, j'ai réalisé dans cette expérience que l'Église est vivante et que j'en fais partie », dit-elle. À Denver, en 1993, environ 500 jeunes du Québec ont participé à la JMJ. Leur nombre s'est accru fortement à partir de celle de Paris en 1997 pour se porter à environ 7000 à Toronto. Des milliers de jeunes adultes qui composent la société actuelle ont ainsi fait l'expérience de ces immenses rassemblements centrés sur la foi chrétienne. « Les éléments formant la pédagogie des JMJ (…) ont aidé les groupes de jeunes en provenance de toutes les parties du monde à mieux comprendre leur foi, à devenir témoins à leur tour et à apprendre à aimer autour d’eux à la manière de Jésus Christ », observe Sylvie Gagné dans son mémoire. L'approche qu'elle en tire amène les jeunes à vivre des expériences qui reposent sur le sens, le pèlerinage, le témoignage et la vie chrétienne enracinée dans la foi et la communion. La Journée mondiale de la jeunesse de 2008 s’est tenue à Sydney en Australie.

Avant de vivre une JMJ, les jeunes se préparent intensément par des rencontres de foi tenues régulièrement, où ensemble jeunes filles et jeunes gens font une expérience de prière, de fraternité et d’ouverture à l’autre dans leur  milieu de vie. À l’instar de Sylvie Gagné, nombre de jeunes peuvent porter un témoignage fort de vie en Église par la rencontre du Christ et de milliers de jeunes lors des JMJ.

L’appel missionnaire

En grand nombre, les jeunes prennent le chemin de la solidarité avec le tiers-monde pour aller à la rencontre de l'autre. Des stages à l'étranger sont très souvent organisés par les services d'animation spirituelle et de vie communautaire, dans les écoles secondaires. Les jeunes reviennent alors de l'étranger avec un regard transformé et un puissant désir de changer le monde. Des communautés religieuses et des Églises diocésaines ont reconnu cet appel missionnaire que vivent de nombreux jeunes et leur offre des moyens d'y répondre.

La prière de Taizé

Taizé est une ville de France où Roger Schultz (frère Roger) a fondé une communauté œcuménique en 1940. Dès la fin des années 1950, des milliers de jeunes commencèrent à venir à Taizé pour participer aux rencontres de prière et de réflexion, semaine après semaine. La prière qu'on y pratique est très méditative, faite de refrains répétitifs et d'inspiration biblique composés en plusieurs langues. Ces chants sont entrecoupés de temps de silence et de réflexions spirituelles. Les frères de la communauté de Taizé comme les pèlerins qui y vont proviennent de diverses confessions chrétiennes.

À partir des années 1970, des petits groupes qui s'inspirent de la spiritualité de Taizé ont essaimé à travers le Québec. Il existe aujourd'hui des rencontres de prière de Taizé dans différentes régions dont Drummondville, Shawinigan, Trois-Rivières, Gatineau, Montréal et Québec. Des croyants s'y rencontrent pour la prière communautaire, sur une base régulière, le plus souvent mensuelle. Beaucoup de jeunes y trouvent une forme d'intériorité qui leur convient et où la communion se vit à travers le chant. En avril 2007, un grand rassemblement à la manière de Taizé a eu lieu à Montréal. Son succès a fait dire à un religieux : « Quand vous nous avez dit : Il serait bon d’enlever les bancs de cette église, nous aurons ainsi plus de places pour les jeunes, nous avons pensé que vous ne connaissiez pas bien la réalité de notre pays. Ici les jeunes ne sont pas nombreux à fréquenter les églises. Quelques mois plus tard lorsque la rencontre a commencé, nous étions très étonnés de voir la grande église de Saint-Alphonse se remplir de jeunes, près de deux mille, pour la prière du samedi soir. »

* Sylvie Gagné est présentement agente de pastorale au diocèse de Nicolet.


FICHE 3
Une Église très engagée dans la société

Pendant les 350 ans qui ont suivi la fondation de Québec par Samuel de Champlain, l’Église catholique a joué un rôle prédominant dans la construction de la société québécoise. L’éducation, les soins hospitaliers, les organisations caritatives et même le développement artistique ont été très largement le fait de l’institution ecclésiale et des communautés religieuses. Avec la Révolution tranquille des années 60 qui a conduit graduellement le Québec vers une société laïque et plurielle, son rôle est devenu moins visible.

Un rôle plus discret mais toujours efficace

Le retrait opéré en douceur de champs d’action désormais assumés par l’État n’a pas empêché l’Église de demeurer partenaire de la collectivité québécoise. Plus discrètement, elle s’attache encore aujourd’hui à combler certaines carences de la société. Des communautés religieuses, femmes et hommes, des hommes et des femmes engagées en Église se portent au secours des personnes pauvres, malades ou vivant des situations difficiles nécessitant un soutien et de l’accompagnement. Voici quelques exemples :

  1. des religieuses ont été les premières à se porter au secours des femmes en difficulté et victimes  de violence conjugale;
  2. d’autres se portent au secours des sidéens;
  3. des religieux continuent à nourrir et à loger les itinérants;
  4. des bénévoles s’engagent dans les organismes d’aide aux enfants;
  5. d’autres organisent des petits déjeuners;
  6. d’autres regroupent ou visitent des personnes âgées menacées d’isolement;
  7. des religieux et religieuses retraités de l’enseignement soutiennent après la classe des élèves en difficulté.

Dans toutes les sphères de la vie sociale, on rencontre des centaines de catholiques, hommes et femmes, qui travaillent à la construction d’une société plus solidaire, plus juste et plus équitable. Ils apportent leur réflexion sur des élections libres et conscientisées, quel que soit le palier de gouvernement. À l’aide aux personnes démunies, ils ajoutent la défense ou la revendication des droits.

Ces initiatives sont variées : par exemple, l’Accueil Bonneau à Montréal et Lauberivière à Québec, les multiples comptoirs alimentaires, les vestiaires paroissiaux, l’œuvre de la Société Saint-Vincent-de-Paul, soutenus par des milliers de bénévoles qui travaillent dans l’ombre à longueur d’année. Mentionnons également Développement et paix, organisme de la Conférence des évêques catholiques du  Canada, bien connu en matière d’aide internationale et de soutien à des projets de développement. On retrouve des comités diocésains et paroissiaux de Développement et paix dans tous les diocèses du Québec.

En outre, très souvent de nos jours, la mobilisation en faveur d’une cause impliquera des groupes communautaires et des services publics auxquels s’allient des intervenants en pastorale. Issues des communautés religieuses ou des communautés chrétiennes, ces personnes ne sont pas nécessairement les instigatrices des initiatives sociales et n’en cherchent pas non plus le leadership. Cependant, l’Église qui est toujours active dans la société offre son soutien à la fois discret et efficace.

L’option pour les pauvres

Ainsi le rôle exercé par l’Église n’est plus tout à fait le même que dans le passé, sauf exception, mais elle est toujours partenaire de divers groupes sociaux. Un mouvement de grande envergure s’est développé à la fin des années 1990 pour contrer la pauvreté. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté est né de la coalition de nombreux syndicats, d’institutions religieuses et d’organismes communautaires et catholiques. L’objectif du Collectif était d’obtenir de l’Assemblée nationale une loi-cadre pour l’élimination de la pauvreté au Québec. Ce mouvement a récolté un soutien populaire sans précédent, notamment par la sensibilisation faite auprès des catholiques dans toutes les paroisses du Québec.

En l’an 2000, le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec associait son traditionnel Message du 1er mai à cette mouvance en publiant : « Éliminer la pauvreté, c’est possible et nous le voulons ». La loi 112, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en décembre 2002, a institutionnalisé comme visée permanente cette idée de tendre vers un Québec sans pauvreté. Les applications de cette loi, souvent jugées timides, continuent d’être suivies de près tant par le Collectif que par les organismes qui la soutiennent.

Un catalyseur pour la justice sociale : un exemple

Quand on écoute attentivement les cris des hommes et des femmes de ce temps, les projets les plus étonnants peuvent surgir. Ainsi, en 1999, le traitement agressif des jeunes marginaux de Trois-Rivières dans les médias a sonné l’alarme; le sentiment populaire était exacerbé à l’endroit de « ces jeunes, tatoués, épinglés, embrochés, colorés ou décolorés », qui réclamaient un lieu bien à eux. Le responsable diocésain de la pastorale sociale, Blaise Gagnon, s’en est mêlé avec l’appui de son évêque, monseigneur Martin Veillette, qui a animé la rencontre citoyenne organisée ensuite avec les intervenants du milieu et les jeunes concernés. À la suite de cette assemblée, divers projets ont vu le jour. Le journal de rue La Galère a été fondé sous la responsabilité du centre d’hébergement Le Havre. Avec les jeunes impliqués en première ligne, on a trouvé du financement et ouvert en ville, en 2002, un centre de jour, supervisé par les travailleurs de rue. On y accueille « tous ceux et celles dont personne ne veut », précise Blaise Gagnon. Là, on gère au quotidien le projet de réinsertion sociale par le vitrail Margi’Art, le journal La Galère, une cuisine collective, une entreprise de forge artistique… La maison sert de point de rencontre pour des jeunes adultes qui n’auraient autrement nulle part où aller.

Des aventures comme celles-ci, d’autres responsables de pastorale des diocèses du Québec pourraient en rapporter des dizaines. Dans la même veine, par exemple à Québec, après de rudes émeutes autour de la Place d’Youville, la Maison Dauphine, pilotée par des religieux Jésuites et des laïques engagés au nom de leur foi, a entrepris un travail de réhabilitation avec les jeunes en cause. La situation s’est sensiblement améliorée. L’École de la rue forme d’anciens décrocheurs. Des jeunes marginaux apportent leur contribution artistique aux fêtes du 400e après que d’autres aient brillamment contribué à re-décorer le quartier Saint-Roch. Signalons aussi que l’œuvre de la Maison Dauphine a survécu au décès de son fondateur, le père Michel Boisvert, et continue d’attirer de nouveaux engagements.

Une constante : des intervenants en pastorale savent repérer les besoins que recèlent les fissures de la société québécoise. Ils y répondent discrètement mais avec beaucoup de doigté; ils savent aussi s’associer des personnes qui ont les compétences et les moyens de redresser la situation, en faveur de la dignité humaine. L’Église agit chaque fois comme un catalyseur là où personne ne se risquait.

Messages du 1er mai

Depuis plus de 30 ans, le Comité des affaires sociales de l’AECQ publie un message à l’occasion de la fête des travailleuses et des travailleurs. Divers sujets sociaux ont été traités au cours des ans, comme la santé, le chômage, la dignité humaine, les femmes et l’emploi, les pauvres, le développement solidaire, les fermetures d’usines, la précarité au travail et bien d’autres. Voici la liste des titres des années 2000 :

  1. Éliminer la pauvreté, c’est possible et nous le voulons (2000)
  2. Le cri de la terre et le cri des pauvres (2001)
  3. Quand les jeunes nous interpellent (2002)
  4. Humaniser le travail (2003)
  5. Pour un développement territorial solidaire (2004)
  6. La santé a un nom et un visage (2005)
  7. Le bien commun : vivre et agir ensemble (2006)
  8. Équilibre de vie à l’ère du numérique (2007)
  9. Fruits de la terre et du travail humain – pour un contrat social avec le monde rural et
  10. Un dossier sur Les travailleurs saisonniers agricoles  (2008)

Chaque diocèse possède un service de pastorale sociale actif dans son milieu et soucieux de contribuer à l’humanisation et à la qualité de la vie. L’engagement pour la justice et la promotion des droits des personnes les plus pauvres sont au cœur de la mission de l’Église.

FICHE 4
L’Église et le service aux familles selon leurs diverses situations de vie

Un sondage commandé par le magazine L’actualité, en janvier 2008, révélait que la famille arrive en tête de liste des valeurs des Québécoises et des Québécois. C’est aussi vrai dans l’Église catholique où la famille est considérée comme la cellule de base de la société et de l’Église, le premier lieu de la transmission de la foi. Aussi, le travail des responsables diocésains de la pastorale familiale consiste-t-il à accompagner les couples et les familles dans leur cheminement de foi à travers les diverses situations de leur vie.

Nous connaissons depuis plusieurs années de nouveaux modèles familiaux : familles nucléaires, familles monoparentales, familles recomposées, des conjoints de fait… Certains couples ont scellé leur union par un mariage civil ou religieux, d’autres vivent en union de fait et, parfois, ils décident de s’unir officiellement dans l’une ou l’autre forme de mariage. Tous ces couples et ces familles ont en commun de chercher un sens à leur vie au fil du quotidien et à travers les étapes de leur cheminement conjugal et familial.

Une pastorale d’accompagnement

Les familles ont chacune un héritage spirituel qui, aujourd’hui, est de plus en plus varié selon l’éducation reçue. Par une pédagogie du cheminement, on essaie de les rejoindre en tenant compte de leurs besoins, leurs attentes, leurs difficultés, leurs désirs et leur idéal. Les activités offertes respectent la situation personnelle des couples et leur réalité familiale, afin qu’ils soient disponibles pour y participer. Voici quelques exemples :

- Des activités pour rejoindre les jeunes parents par des déjeuners-croissants ou le samedi soir par une soirée pasto-bistro. Dans un climat convivial ou festif, à partir d’un thème, on observe la réalité au plan humain et social, puis les échanges sont ensuite orientés vers un partage de foi. Dans plusieurs diocèses, il s’agit d’une série de 13 rencontres.

- Beaucoup de parents se préoccupent de la formation à la vie chrétienne de leurs enfants. Ils désirent aussi cheminer pour mieux comprendre et vivre leur foi. Des rencontres de formation et d’échanges sont organisées à cet effet.

- Dans certains diocèses, des ateliers sont offerts sur l’hypersexualisation. À partir d’un DVD produit par l’ONF, des jeunes de 16 à 30 ans, des parents, des professeurs, et autres personnes intéressées se penchent sur ce fléau de notre société et cherchent des moyens de sensibiliser les parents et leurs enfants.

- Des sessions de réflexion et de partage pour les personnes endeuillées, afin de les aider à exprimer leur souffrance et à découvrir l’espérance qui les habite en cette circonstance.

- Les besoins spirituels des aînés se manifestent différemment des jeunes couples et familles. Un retour dans le passé suscite parfois des questions existentielles. Une activité pastorale faite sur mesure est offerte aux aînés dans plusieurs diocèses.

- Au plan social, une aide pastorale se développe peu à peu pour contrer les abus que subissent des aînés, le plus souvent par leurs proches, voyant leur incapacité grandis-sante à gérer leurs biens. Des journées de sensibilisation sont organisées à cet effet.

Mouvements et organismes

Il existe plusieurs mouvements consacrés aux couples et aux familles pour les soutenir dans leur croissance humaine et spirituelle. On peut nommer : Eaux vives, Équipes Notre-Dame, Fraternité foi et vie, Mouvement couple et famille, Rendez-vous : croissance du couple, Service vie et amour, Vivre et aimer. Tous ces mouvements assurent à long terme une formation, un partage de foi et un soutien fraternel, tout en étant en lien avec leur diocèse.

Par ailleurs, des organismes centrés sur la famille apportent une contribution importante au dossier. L’Institut de la famille, à Québec, a été fondé par un couple, Thérèse Poulin et Jean-Marc Lessard, respectivement agente de pastorale et psychologue. Avec une équipe multidisciplinaire, l’Institut a développé une expertise sur les étapes de la vie du couple, la communication, les compétences parentales et l’enrichissement spirituel et religieux des familles d’aujourd’hui. Mentionnons également l’Organisme catholique pour la vie et la famille, en lien avec la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Il publie des documents sur le mariage et diverses situations reliées à la famille.

Les services diocésains de pastorale familiale, ainsi que les mouvements et organismes sont regroupés sous le nom de la Table provinciale de la pastorale familiale (TPPF) du Québec.

Le service de préparation au mariage

Le service de préparation au mariage a été fondé par la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) en 1940. Même si ce service existe depuis plus de soixante ans, il ne va pas de soi en 2008 de demander à des couples de participer à des sessions de préparation au mariage. D’ailleurs, les couples qui se présentent aujourd’hui ont en moyenne de 5 à 15 ans de vie commune. Ils ont entre 25 et 40 ans, et parfois 50 ans. Très souvent, dès qu’ils ont un ou deux enfants ces couples désirent officialiser leur union par le sacrement de mariage. Ils sont croyants mais généralement peu pratiquants.

S’ils arrivent à leur session avec des préjugés, ceux-ci tombent rapidement devant la variété des sujets offerts à leur réflexion : mieux saisir pourquoi ils veulent se marier, reconnaître ce qu’ils sont comme personne et comme couple, approfondir différents aspects de la vie de couple, découvrir leur relation avec Jésus Christ et son message et le sens du sacrement de mariage, enfin, reconnaître les principes favorisant un amour libre et durable.

Le Service de préparation au mariage existe dans tous les diocèses du Québec. Pour maintenir ce service, il faut une solide équipe constituée d’agentes ou agents de pastorale, de prêtres et de nombreux laïques bénévoles. Plus de 6 000 couples ont été rejoints au cours des cinq dernières années.

Des publications

Chaque année, à l’occasion de la Journée internationale des familles, le 15 mai, la Table provinciale de pastorale familiale publie un message aux familles sous forme de dépliant, en collaboration avec le Comité du laïcat de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Les messages des deux dernières années sont intitulés : Lettre aux jeunes parents du Québec. Vous êtes des signes vivants de l’amour de Dieu. Lettre aux familles du Québec. Familles d’ici, vos défis et vos passages sont pleins de vie!
 
Pour sa part, le Comité de théologie de l’AECQ a publié en 2006 une note théologique sur une situation délicate dans l’Église actuelle, celle des personnes qui ont contracté une nouvelle union après l’échec d’un premier mariage reconnu en Église. Ayant pour titre L’accueil des personnes en situation conjugale particulière, le texte expose les divers aspects de la situation, quelques éléments dont il faut tenir compte dans cette réalité profondément humaine et propose des pistes d’accompagnement et d’espérance.

FICHE 5
Paroisses en transformation

Il fut un temps où la paroisse était le principal milieu de vie. Tout gravitait autour du clocher. Aujourd’hui, la mobilité des personnes dépasse largement les frontières et les lieux d’appartenance s’étendent au-delà du quartier et du village. La paroisse change de visage. C’est pourquoi elle est appelée à se resituer et à innover. Il s’agit d’une opération exigeante à laquelle les membres des communautés chrétiennes participent dans la foi et l’espérance pour l’avenir de l’Église au Québec.

Une nécessité pastorale

Dans l’ensemble du Québec, on compte en moyenne une paroisse pour 3 500 habitants de foi catholique; certaines des plus petites communautés ne rassemblent que quelques centaines de personnes. Toutefois, seulement une partie d’entre elles participent à la vie religieuse (célébration dominicale) de leur communauté et la soutiennent financièrement. La démarche de réaménagement enclenchée dans la plupart des diocèses vise d’abord à créer des alliances et à donner du souffle à des communautés chrétiennes viables. Mais, ce faisant, elle transforme la carte paroissiale du Québec.

Ainsi, l’expression « réaménagement pastoral » n’est pas synonyme de fusion de paroisses ou de fermeture d’églises, bien que le processus y conduise parfois. Il s’agit d’abord de structurer la vie communautaire différemment. On identifie des réseaux de proximité efficaces pouvant bénéficier de la mise en commun de ressources humaines, pastorales et matérielles. Souvent, trois ou quatre paroisses seront réunies en « unité paroissiale », en conservant leurs lieux de culte mais un seul presbytère pour des bureaux ou des résidences.

L’équipe d’animation est composée d’un ou plusieurs prêtres, d’agentes et d’agents de pastorale qui se partagent les tâches pastorales selon les dimensions de la vie chrétienne :

  1. La catéchèse et l’accompagnement spirituel;
  2. La préparation et la célébration des sacrements;
  3. L’engagement social dans le milieu;
  4. Le développement de la fraternité au sein de la communauté.

L’expérience d’un regroupement de paroisses favorise l’esprit communautaire. Il n’est pas rare qu’après quelque temps, les anciennes structures soient abolies pour créer une seule paroisse. La préservation des lieux de culte est alors adaptée aux besoins de chaque communauté. Ainsi, on pourrait lire sur un feuillet paroissial ces termes : 1 paroisse, 2 lieux de cultes, 3 quartiers.

Un processus exigeant

Quelle que soit la manière de procéder de chaque diocèse, des critères de base sont généralement appliqués pour soutenir la réflexion. Premièrement, établir la viabilité d’une communauté sur le plan humain en tenant compte des variations démographiques de certains quartiers. Deuxièmement, veiller à ce que le personnel pastoral et la communauté des fidèles soient en rapport adéquat pour assurer le dynamisme de la vie ecclésiale. Troisièmement, voir à la sécurité financière d’une paroisse en fonction de ses ressources et de ses besoins. Quatrièmement, déterminer la nécessité de sauvegarder certains édifices patrimoniaux.

Ces décisions se prennent habituellement à la suite de quelques assemblées paroissiales où les participants consultés peuvent exprimer leurs besoins, leurs sentiments, leurs inquiétudes. Des changements de cette importance soulèvent bien sûr des émotions. Il importe d’écouter et d’être accueillant envers chaque personne qui donne son point de vue. Les habitudes d’un milieu, l’attachement sentimental à un édifice provoquent d’ailleurs des réticences autant chez les personnes qui fréquentent peu l’église que chez celles qui ont une pratique régulière.

Ces dernières années, les expériences se sont avérées généralement positives et les craintes des paroissiens s’estompent devant les avantages du nouvel aménagement paroissial : un meilleur service pastoral, des célébrations de meilleure qualité, un taux de participation plus à la mesure des édifices conservés, des personnes ressources pour la catéchèse, des bénévoles pour divers services, un climat ouvert et dynamique dans les rencontres fraternelles, enfin une réelle appartenance communautaire.

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Renseignements : Rolande Parrot
Assemblée des évêques catholiques du Québec
(514) 274-4323