AECQ : Lettre du Président de l’AECQ au Député d’État des Chevaliers de Colomb à propos du cours d’Éthique et de culture religieuse

Lettre du Président de l’AECQ au Député d’État des Chevaliers de Colomb à propos du cours d’Éthique et de culture religieuse

Mardi 28 avril 2009

Monsieur le Député d'État,

J'ai pris connaissance d'une résolution votée au 110e Congrès provincial des Chevaliers de Colomb du Québec, le 18 avril, dont le contenu, sur certains points, diffère passablement de la position adoptée par les évêques du Québec au sujet du cours d'Éthique et de culture religieuse implanté dans nos écoles par le gouvernement.

Je connais bien l'attachement des Chevaliers au Seigneur, à la foi et à l'Église. Votre soutien constant aux œuvres des évêques et votre dévouement dans toutes sortes de formes d'apostolat et d'engagement catholiques sont bien connus.

C'est pourquoi j'aimerais attirer votre attention sur l'attitude prudente et mesurée que les évêques ont choisi d'adopter, dans ce dossier, après avoir beaucoup réfléchi, consulté, discuté et prié.

Pour aborder cette question en tenant compte de l'ensemble des enjeux, il faut bien distinguer, d'une part, la mission de l'Église en regard de l'éducation de la foi et, d'autre part, les objectifs très différents du cours d'Éthique et de culture religieuse du ministère de l'Éducation.

Le cours d'Éthique et de culture religieuse

Le gouvernement aurait pu décider que la religion n'avait aucune place à l'école publique, comme c'est le cas dans bien des pays. Mais il a estimé qu'une connaissance générale de la religion est nécessaire tant pour comprendre notre culture et notre héritage que pour vivre dans une société devenue pluraliste et multiconfessionnelle: d'où la création du nouveau cours, obligatoire pour tous les enfants, même ceux qui autrefois ne prenaient aucun cours sur la religion.

Les évêques ont reconnu la valeur de cet objectif. Permettez-moi de citer à ce sujet un passage de notre déclaration de mars 2008 :

« La contribution éducative attendue de ce programme se situe principalement sur le plan de la citoyenneté : « la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun ». Il s'agit d'apprendre à vivre ensemble dans une société pluraliste. Nous souscrivons à cet objectif et invitons la population catholique à en reconnaître la pertinence. Les transformations qui ont profondément marqué notre société nous y incitent de façon pressante. Le dialogue autour de questions éthiques et religieuses pourra aider les jeunes de diverses croyances et convictions à surmonter les clivages idéologiques et à mieux se respecter mutuellement. Par ailleurs, l'ensemble des élèves seront initiés à une compréhension positive du phénomène religieux, notamment des traditions catholique et protestante. On pourra ainsi éviter la perte de toute mémoire chrétienne parmi les générations montantes. »

Les objectifs du cours d'Éthique et de culture religieuse méritent d'être considérés à leur juste valeur. En eux-mêmes ils ne justifient pas, à nos yeux, qu'on demande l'exemption du cours pour des enfants. De fait, très peu de parents ont fait une telle demande. Les chiffres que nous avons obtenus du ministère de l'Éducation, en date du 19 février, font état de 1645 demandes d'exemption pour l'ensemble du Québec, alors qu'il y a environ 900 000 élèves. C'est donc très minoritaire.

Bien sûr, comme nous le disions également l'an dernier, il faut suivre avec vigilance l'implantation du cours pour s'assurer que ce qui est fait dans les classes est vraiment fidèle aux objectifs du programme et que cela soit vécu dans le respect des traditions religieuses et en particulier de la foi catholique. Pour ce faire, les évêques croient qu'il faut absolument éviter les jugements hâtifs et les premières impressions. Les enjeux sont trop importants. Aucune évaluation sérieuse ne peut encore être faite alors que la première année du cours n'est pas terminée et que bien des manuels ne sont même pas encore publiés. Nous suivons le dossier de très près, avec la collaboration du réseau des responsables diocésains de la formation à la vie chrétienne. Notre Comité de l'éducation chrétienne reçoit et analyse les opinions et commentaires et nous avons mis sur pied un groupe de travail qui évalue systématiquement les manuels, à mesure qu'ils sont publiés. En outre, plusieurs diocèses procèdent à des sondages dont les résultats sont partagés avec tous les évêques.

La formation à la vie chrétienne

En ce qui concerne la catéchèse et la formation à la vie chrétienne, il ne fait maintenant aucun doute qu'il s'agit d'une responsabilité des diocèses et des paroisses. Pendant des générations, nous avons compté sur les écoles et les enseignants pour le faire. Mais ce n'est plus possible. Même si le gouvernement n'avait pas pris les décisions qu'il a prises, nous serions arrivés aux mêmes conclusions: dans le contexte social actuel, seules les familles et les communautés chrétiennes peuvent prendre en main la formation à la vie chrétienne des jeunes; ni le personnel enseignant ni les directions des écoles et des commissions scolaires ne peuvent désormais assumer cette tâche.

À cet égard, ce qui se passe actuellement sur le terrain dans les paroisses est, selon les évêques, absolument remarquable. Nous vivons un véritable temps de grâce. L'action de l'Esprit-Saint est évidente. Des milliers de bénévoles sont impliqués. Toutes sortes de nouvelles initiatives, marquées par une créativité et une joie évangéliques, voient le jour. De jeunes parents redécouvrent la foi, s'engagent dans les paroisses et demandent même de la formation pour eux-mêmes. Plusieurs évêques disent qu'il y a une nouvelle vitalité des communautés chrétiennes qui est déjà perceptible dans les célébrations de confirmation.

Ce que nous vivons est donc un tournant important dans l'histoire de notre Église: avec foi, courage et beaucoup de générosité, les catholiques sont en train de prendre en main la formation à la vie chrétienne, dans chaque communauté. Et je veux souligner ici le rôle important des Chevaliers de Colomb qui soutiennent avec conviction, depuis cinq ans, les projets de l'Office de catéchèse du Québec dans ce domaine.

En résumé : la prise en charge par les paroisses de la catéchèse et de la formation à la vie chrétienne est une très bonne chose pour la vie et l'avenir de notre Église. Par ailleurs, les objectifs du cours d'Éthique et de culture religieuse sont bons tant pour la formation personnelle de nos jeunes que pour la qualité de notre vie collective. Il faudra bien sûr toujours être vigilants pour s'assurer que les cours et activités sont bel et bien fidèles aux objectifs officiels, mais n'oublions pas que ce genre de vigilance a toujours été nécessaire, même dans le cas des cours d'enseignement religieux qui étaient auparavant dispensés dans nos écoles.

Étant donné l'importance du sujet et l'adoption d'une résolution lors de votre dernier congrès, j'apprécierais que le contenu de cette lettre soit communiqué à l'ensemble de vos membres.

En vous remerciant encore pour la contribution de grande valeur des Chevaliers de Colomb à la vie et à la mission de l'Église, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les plus dévoués en Notre-Seigneur.

† Martin Veillette
Évêque de Trois-Rivières
Président de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec