AECQ : Titre

Fiche d'étude, de prière et d'action pour la réconciliation
Carême 2010

Comité de pastorale auprès des autochtones
27 janvier 2010 (PDF)

PRÉSENTATION

La démarche décrite dans cette fiche est proposée à titre de projet pilote à valider par des groupes d’adultes catholiques de 3 à 15 personnes. La démarche peut se vivre en  trois rencontres ou plus, selon la profondeur de l’étude et des échanges, au choix du groupe. Toute personne peut aussi y puiser pour sa démarche personnelle. On peut collaborer à l’enrichir pour le Carême 2011 en communiquant ses suggestions à l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

Pourquoi participer à une démarche?

Le fruit espéré de cette démarche est que le groupe deviene un artisan de paix dans son milieu

Le temps favorable : un contexte national et international

Le temps favorable du Carême

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle (Mc 1, 15). Cette interpellation est souvent reçue sous un mode personnel, individuel, et il est vrai que la conscience est le lieu sacré au plus intime de soi où s’effectue la rencontre avec Dieu (Ap 3, 20). Si nous sommes interpellés personnellement, nous le sommes aussi en tant que peuple. Ce n’est pas nouveau que Dieu s’adresse à un peuple : « Écoute, Israël… » (Dt 6, 4). Si l’histoire du peuple élu racontée dans la Bible a malheureusement pu être interprétée pour justifier diverses formes de domination, dont le colonialisme, elle est d’abord l’histoire d’amour de Dieu pour l’humanité, et elle est fort utile pour l’enseignement (2 Tm 3, 16).

En tout temps, quand « ton frère a quelque chose contre toi », Jésus recommande « de déposer ton offrande, et d’aller te réconcilier avec lui » (Mt 5, 23).

En Carême, le jeûne, la prière et l’aumône apportent un surcroît de lumière à nos regards; un surcroît de force spirituelle pour chasser les vieux démons, et ouvrir nos cœurs au surplus d’amour dont nous avons besoin. Ainsi, nous dépasserons les préjugés et les murs du ressentiment et de l’indifférence pour aller véritablement à la rencontre de l’autre et nous ouvrir à une nouvelle vision.

Notes pour l’animation

Il est suggéré - mais non indispensable - de vivre cette démarche ensemble, autochtones et autres habitants de ce pays, et de se disposer en cercle, favorisant la circulation de la parole. On peut compenser l’absence d’autochtone par l’écoute, la lecture ou le visionnement de témoignages. Il y a des autochtones partout au Québec. Ils ne sont pas facilement identifiables parmi le reste de la population, surtout quand ils sont issus des nations du Sud du Québec. À cause de la loi sur les Indiens, beaucoup d’autochtones ou de leurs descendants sont sans statut.[1]

Comme toute démarche de changement, de conversion, celle-ci peut libérer des émotions telles l’angoisse, la colère, la honte, la culpabilité ou le chagrin.  On peut alors penser que la paix est perdue, mais le plus souvent, il s’agit d’un passage nécessaire pour y arriver. Le groupe aura du succès dans la mesure où il est engagé envers les objectifs de la démarche, où il respecte la confidentialité, où ses membres choisissent de pratiquer la charité les uns envers les autres et où l’animation sécurise les membres du groupe.

Il existe deux autres démarches qui, toutes les deux, sont plus centrées sur les pensionnats indiens :

-Le projet citoyen d’écoute et de dialogue en lien avec la Commission de vérité et de réconciliation. Entre autres, des cercles de confiance mixtes avec des autochtones. Par: Espace Art Nature et Initiative et changements. Information:
ic-montreal@ca.iofc.org ou jean-noel.andre@espaceartnature.com

- Les sessions Retour à l’Esprit : démarche plus longue, plus structurée, et déjà expérimentée avec succès dans l’Ouest canadien – notamment dans le diocèse catholique de Mackenzie-Fort Smith: www.returningtospirit.org . Sa traduction française est en cours.

1ère étape : Rapport entre les autochtones et les autres habitants du pays

ÉTUDIONS

Il est suggéré de se procurer Mythes et réalités sur les peuples autochtones.[2]

Autochtones et autres habitants de ce pays : avons-nous besoin de nous réconcilier?

Il est possible que nous n’en sentions aucun besoin! Pourtant, chaque membre du groupe, s’il est présent, a une raison, un sentiment pour s’adonner à cette démarche.

Des prêts-à-penser perdurent : les autochtones auraient été conquis; leurs sociétés auraient peu apporté aux Européens, il serait souhaitable qu’ils abandonnent leurs modes de vie pour s’intégrer à la société occidentale, ils jouiraient de droits supérieurs à ceux des autres citoyens, leurs revendications territoriales seraient exagérées…
Il y a d’abord un profond besoin d’abandonner des préjugés et de faire la vérité.
Mythes et réalités sur les peuples autochtones est bien documenté et rétablit des faits.

- Qu’est-ce qui me motive à participer à cette démarche?

- Quel est mon lien personnel avec les autochtones / ou avec les autres habitants du pays? Celui de mes ancêtres? Quelles sont les expériences positives et négatives?

- Quelles sont les images, les idées et les sentiments que je porte au sujet de l’ « autre »? Je les écris.

- À l’aide de sources fiables, pouvons-nous établir la part de vérité dans ces idées?

PRIONS

- Symboliquement, brûlons ou  déchirons le papier où est écrit ce qui s’avère un préjugé.
- Demandons-nous pardon entre nous et au Seigneur.
- « Je me souviens » d’une contribution de l’ « autre » au bien commun de la population de ce pays. Nous en rendons grâces ensemble.

AGISSONS

2e étape : L’héritage des pensionnats indiens au Québec

ÉTUDIONS

Au cours de cette étape, on peut réserver une demi-heure pour visionner le DVD préparé par la Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador, L’Héritage des pensionnats indiens au Québec.[3]

Pourquoi une Commission de vérité et de réconciliation sur les pensionnats indiens?

Les pensionnats indiens ou écoles résidentielles ont été créées par le Gouvernement fédéral en 1892, et sont le fruit d’ententes avec les Églises (catholique, anglicane, unie, méthodiste et presbytérienne). « Le but de ces établissements était simple : l’évangéli-sation et l’assimilation progressive des peuples autochtones ».[4] Le gouvernement a mis fin à ces ententes en 1969.

Nom du pensionnat

Responsable

Nation touchée

Diocèse catholique actuel

Amos (St-Marc-de-Figuery)

Église Catholique*

Anishnabe, Attikamekw

Amos

Fort George (St. Phillip's)

Anglicane

Cris et Inuits

Amos

Fort George (St. Joseph's Mission, Residence Couture, Sainte-Thérèse-de-l’Énfant-Jésus)

Catholique

Cris et Inuits

Amos

Federal Hostel - George River

Foyer fédéral

Inuits

Amos

Federal Hostel - Great Whale River (Poste-de-la-Baleine, Kuujjaraapik)

Foyer fédéral

Inuits, Cris

Amos

Federal Hostel at Payne Bay (Bellin)

Foyer fédéral

Inuits

Amos

Federal Hostel at Port Harrison (Inoucdjouac, Innoucdouac)

Foyer fédéral

Inuits

Amos

La Tuque

Anglicane

Cris, Attikamekw et autres

Trois-Rivières

Pointe Bleue

Catholique  

Innu, Attikamekw

Chicoutimi

Sept-Îles (Seven Islands, Notre-Dame, Maliotenam)

Catholique

Innu; Naskapis

Baie-Comeau

* D’après la liste établie par la Commission vérité et réconciliation. Les pensionnats catholiques du Québec, ainsi que plusieurs autres au Canada, étaient dirigés par les missionnaires oblats de Marie-Immaculée.

Seuls les pensionnats de Fort George furent établis avant la Deuxième guerre mondiale. Les autres le furent après 1945. Les Mohawks allaient en pension surtout en Ontario, et les Micmacs, au Nouveau-Brunswick. Les Hurons-Wendat, Malécites et Abénaquis fréquentaient des pensionnats mixtes ou des externats.

Selon le site internet de la Commission de santé et services sociaux de l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador, il y aurait 12 000 survivants des pensionnats au Québec.

Le 11 juin 2008, le Premier ministre du Canada, M. Stephen Harper, a présenté devant le Parlement et une délégation autochtone, de profonds regrets de la part du peuple canadien. Le pape Benoît XVI a fait de même, au Vatican, le 29 avril 2009. Les survivants des pensionnats ont parlé, des témoignages ont été télédiffusés et entendus par des millions de gens au Canada. Ces regrets ont été acceptés par M. Phil Fontaine, alors chef national de l’Assemblée des Premières nations. Les gouvernements et les Églises ont versé des compensations. Pour favoriser le processus de guérison et de réconciliation, les survivants ont demandé que se tienne cette Commission, afin que les témoignages de toutes les personnes affectées - et non seulement quelques-unes - puissent être entendus. Il importe donc non seulement que des survivants parlent, mais aussi que d’autres acteurs le fassent; et surtout, que des gens offrent le don de leur écoute empathique, en personne.

Selon Mgr James Weisgerber, qui présidait alors la Conférence des évêques catholiques du Canada, « le travail de la Commission sera très important dans le cadre du processus de guérison et de renouveau, non seulement des relations entre les Canadiens autochtones et non autochtones, mais aussi des relations entre les peuples autochtones du Canada et l’Église catholique de notre pays. » C’est donc en vertu de notre humanité, de notre citoyenneté et de notre baptême que nous sommes interpellés.

Cet effort de lucidité peut apporter, selon l’expression de Jean-Paul II « une purification de la mémoire ».

Pourquoi ressasser cette histoire ancienne sur laquelle nous n’avons aucune prise?

Parce qu’elle est « occasion de guérison et d’espoir »[5], pour repartir du bon pied et nous engager dans « un partenariat renouvelé et un nouveau commencement » en tant que peuple et en tant qu’Église. C’est au présent que « la marginalisation et la pauvreté continuent d’affliger les peuples autochtones dans notre pays » et que « leurs besoins sociaux, économiques et culturels atteignent aujourd’hui une telle urgence que tous les Canadiens doivent apporter leur collaboration aux Autochtones afin d’ouvrir la voie au respect, à l’acceptation et à l’égalité ». [6]

Y a-t-il des occasions de participer?

La Commission organisera sept événements nationaux dans différentes régions du Canada au cours des prochaines années (voir ses coordonnées dans la section ressources).


- En quoi les pensionnats indiens ont-ils bénéficié ou nui à notre vie?

- Quelles étaient mes perceptions alors? Quelles sont-elles maintenant? Le cas échéant, pourquoi est-ce différent?

- Est-il important de participer à la Commission? Quelles sont les possibilités dans notre région?

- Quelle sera ma participation? Ai-je besoin d’appui?

PRIONS

Si les autochtones du groupe le souhaitent, ils peuvent guider la prière.
Selon le choix du groupe, on pourrait méditer les mystères douloureux de la vie de Jésus, en nous souvenant que Tout ce que vous avec fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40)…

L’agonie au jardin de Gethsémani
La flagellation
Le couronnement d’épines
Le portement de la Croix
La mort de Jésus

Présentons au Seigneur toute contrition, sentiment de culpabilité, douleur et regret, remettons-Lui ce joug trop lourd, afin de recevoir la nouvelle mission, le nouveau joug, plus léger, dont Il voudra bien nous charger car Il est doux et humble de cœur. (Mt 11, 28-30)

AGISSONS

3e étape : Vers un développement humain intégral

ÉTUDIONS

Toute l’encyclique de Benoît XVI Caritas in veritate est pertinente pour cette étape. Le groupe peut choisir de réfléchir à partir de l’article 59 (voir ressources, page suivante).

Désormais, comment collaborer pour un véritable développement humain, comment ouvrir la voie au respect, à l’acceptation et à l’égalité?

La Commission royale sur les peuples autochtones[7] a identifié plusieurs obstacles au développement, et formulé plusieurs recommandations.  L’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador signale à la population et aux gouvernements des situations problématiques qui requièrent des actions concertées. Par exemple, la situation des enfants qui sont adoptés dans des familles non autochtones faute d’adaptation et de financement de services sociaux adéquats dans les communautés.
- Quelle est la condition des autochtones de notre milieu? Quelles tristesses et angoisses, quelles joies et quels espoirs partageons-nous?

- À quels changements de notre modèle de développement sommes-nous appelés, ici et maintenant?

- Que pouvons-nous faire pour un développement humain intégral? Dans nos communautés? Ensemble?

PRIONS

AGISSONS

Ressources

Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador  www.apnql-afnql.com
Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador www.cssspnql.com Voir en particulier le DVD, disponible sur le site même, L’héritage des pensionnats indiens au Québec.
http://www.cssspnql.com/fr/nouvelles/2009/video-pensionnats.htm

Commission de vérité et de réconciliation : http://www.trc-cvr.ca
Témoignage et réconciliation Canada, 1500-360 rue Main,
Winnipeg (Manitoba) R3C 3Z3
Numéro sans frais : 1-888-872-5554 (1-888-TRC-5554) Téléphone: (204) 984-5885 Télécopieur: (204) 984-5915 courrier électronique: info@trc.ca
Témoignages et trousse pédagogique pour le secondaire : http://www.lesenfantsdevenus.ca
Centre Wampum, Montréal  (514) 525-5133
Réseau œcuménique justice et paix www.justicepaix.org
Initiatives et changement - Caravane de dialogues pour la paix (interreligieux, interculturels, inter-spirituels) www.ca.iofc.org/fr
Centre de ressources sur la non-violence www.nonviolence.ca
Centre Marie-Gérin-Lajoie, Montréal  www.centremgl.org
Série d’émissions radiophoniques : De remarquables oubliés
 http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/RemarquablesOublies/accueil.html

Benoît XVI, Caritas in veritate, 2009
art. 59.: La coopération au développement ne doit pas prendre en considération la seule dimension économique; elle doit devenir une grande occasion de rencontre culturelle et humaine. Si les acteurs de la coopération des pays économiquement développés ne prennent pas en compte leur propre identité culturelle, comme cela arrive parfois, ni celle des autres et des valeurs humaines qui y sont liées, ils ne peuvent pas instaurer un dialogue profond avec les citoyens des pays pauvres. Si, à leur tour, ces derniers s’ouvrent, indifféremment et sans discernement, à n’importe quelle proposition culturelle, ils ne sont plus en mesure d’assumer la responsabilité de leur développement authentique. Les sociétés technologiquement avancées ne doivent pas confondre leur propre développement technologique avec une prétendue supériorité culturelle, mais elles doivent redécouvrir en elles-mêmes les vertus, parfois oubliées, qui les ont fait progresser tout au long de leur histoire. Les sociétés en voie de développement doivent rester fidèles à tout ce qui est authentiquement humain dans leurs traditions, en évitant d’y superposer automatiquement les mécanismes de la civilisation technologique mondiale. De multiples et singulières convergences éthiques se trouvent dans toutes les cultures ; elles sont l’expression de la même nature humaine, voulue par le Créateur et que la sagesse éthique de l’humanité appelle la loi naturelle. Cette loi morale universelle est le fondement solide de tout dialogue culturel, religieux et politique et elle permet au pluralisme multiforme des diverses cultures de ne pas se détacher de la recherche commune du vrai, du bien et de Dieu. L’adhésion à cette loi inscrite dans les cœurs, est donc le présupposé de toute collaboration sociale constructive. Toutes les cultures ont des pesanteurs dont elles doivent se libérer, des ombres auxquelles elles doivent se soustraire. La foi chrétienne, qui s’incarne dans les cultures en les transcendant, peut les aider à grandir dans la convivialité et dans la solidarité universelles au bénéfice du développement communautaire et planétaire.


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[1]Statistique Canada 2006 : La région métropolitaine de Montréal compte 17 865 personnes se déclarant membres de l’un des trois groupes autochtones : 10 135 « Indiens de l’Amérique du Nord »; 6 010 Métis et 570 Inuits. Les régions métropolitaines de recensement de Québec 4 000, Sherbrooke 1 145 et Gatineau 7 620.

[2] Lepage, Pierre, Mythes et réalités sur les peuples autochtones, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Québec, 2e édition, 2009. Pour commander sans frais ou télécharger: www.cdpdj.qc.ca

[3] Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador http://www.cssspnql.com/fr/nouvelles/2009/video-pensionnats.htm ou www.cssspnql.com /français / services sociaux/ champs d’intervention/ pensionnats indiens, au bas de la page.

[4] Mythes et réalités, op. cit., page 30

[5] Mgr V. James Weisgerber, archevêque de Winnipeg, Président de la CÉCC, 1er mai 2008

[6] Mgr V. James Weisgerber, archevêque de Winnipeg, Président de la CÉCC, 15 avril 2009

[7] Canada, Commission royale sur les peuples autochtones, 1996 À l’aube d’un rapprochement : Points saillants du Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones. Ministre des approvisionnements et services Canada, Ottawa. Voir aussi Mythes et réalités op.cit., p. 61-67