AECQ : Loi 82

Mémoire présenté à la Commission parlementaire de la culture et de l’éducation chargée de l’étude du projet de
Loi 82 Loi sur le patrimoine culturel

Comité du patrimoine religieux
Assemblée des évêques catholiques du Québec
11 novembre 2010

Introduction

D’entrée de jeu, nous pouvons dire que nous, les membres du Comité sur le patrimoine religieux de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, sommes très heureux de constater la volonté du gouvernement de revoir et de rajeunir la Loi sur les biens culturels. Nul n’ignore l’intérêt de l’Église pour le patrimoine religieux, tant le patrimoine bâti que le patrimoine immatériel. Comme en font foi nos interventions de 2005[1] et de 2008[2], que ce soit au niveau des diocèses, à celui des paroisses et même des communautés religieuses, on peut dire que les communautés chrétiennes ont toujours eu à cœur d’entretenir, de conserver et de développer leur patrimoine. De grandes sommes d’argent continuent à être affectées principalement à l’entretien et à la restauration des édifices.

Si certaines personnes parlent de l’importante richesse de l’Église catholique, c’est sûrement en regard de son patrimoine bâti, celui qui est le plus visible. En affirmant cela, on oublie que ce patrimoine doit être maintenu et que les édifices religieux, particulièrement les édifices patrimoniaux, créent une charge financière importante. L’Église est riche en patrimoine, mais non en capital monétaire. Elle ne bénéficie pas de revenus fixes et ne possède pas de pouvoir de taxation. Si bien que la charge qui lui est imposée par l’entretien de ses édifices excède la plupart du temps ses capacités financières. De plus, il appert que les édifices religieux au Québec ne sont pas le bien exclusif de ceux et celles qui les fréquentent pour le culte. En effet, tel un héritage de famille, les biens historiques des Églises profitent à l’ensemble de la société, ne serait-ce que comme un témoignage des valeurs qui l’ont fait naître.

Dès l’adoption de la Loi sur les biens culturels, en 1972, madame Claire Kirkland-Casgrain, alors ministre des Affaires culturelles, déclarait : «Tous nos citoyens peuvent et doivent avoir la possibilité de profiter des valeurs scientifiques, esthétiques, éducatives et de récréation que les biens culturels représentent.» Dans cet esprit, nous continuons de croire à la valeur du patrimoine religieux pour tous les citoyens et citoyennes du Québec.

Voilà pourquoi, à la lecture du projet de loi no 82, nous nous reprenons à souhaiter l’établissement de partenariats avec l’autorité civile, municipale et provinciale, de manière à ce que les édifices religieux dont la valeur patrimoniale mérite d’être signalée soient protégés et aménagés dans un véritable projet social. Ainsi, les biens patrimoniaux de l’Église catholique comme ceux des autres confessions religieuses présentes au Québec seront sauvegardés comme un héritage commun à l’ensemble de notre société.

Première partie : des aspects positifs

Permettez-nous de souligner maintenant quelques points qui nous paraissent particulièrement positifs dans le présent projet de loi.

Nous pensons d’abord à l’élargissement de la notion de patrimoine. Ainsi nous pouvons lire dès l’article 1 que le patrimoine culturel est constitué de personnages, de lieux et d’événements historiques, de documents, d’immeubles, d’objets et de sites patrimoniaux, de paysages culturels patrimoniaux et de patrimoine immatériel.

La création d’un Conseil du patrimoine culturel du Québec nous semble tout aussi positive[3]. Ainsi, une information pertinente sera-t-elle disponible pour éclairer le Ministre et le Gouvernement. La faculté de tenir des audiences publiques permettra en outre des niveaux de consultation plus larges et plus diversifiés. Cela devrait permettre l’élaboration de projets sociaux relativement à la disposition des biens culturels. L’établissement de plans de conservation suggère un mécanisme de concertation qu’il nous paraît important de valoriser[5]. L’ouverture à des partenariats et à des collaborations, particulièrement avec les responsables municipaux, comme en font foi plusieurs articles du chapitre IV,  nous paraît être également un apport très positif du projet de Loi, notamment en ce qui concerne le patrimoine religieux.


Deuxième partie : des points qui posent question

Nous venons de souligner certains points positifs et qui feront avancer le dossier du patrimoine religieux de façon certaine. Toutefois, certains autres aspects nous apparaissent questionnables du fait qu’ils semblent difficiles d’accès et sujets à des interprétations inappropriées. Nous en présentons ici quelques-uns :

De manière générale

Le Comité sur le patrimoine religieux de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec estime que la loi sur le patrimoine culturel devrait chercher avant tout à valoriser et non pas à paralyser; à promouvoir plutôt qu’à pénaliser; à ouvrir des avenues nouvelles plutôt qu’à en fermer. Ainsi, à l’intérieur d’un authentique projet de société, les biens culturels pourront profiter à tous et demeurer disponibles au service du bien commun.

Propositions

En conséquence, voici ce que nous proposons :


[1] Réponse à la consultation générale de la commission de la culture de l’Assemblée nationale du Québec.
[ 2] Consultation du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine en vue de la révision de la Loi sur les biens culturels.
[3] Chapitre III, section X.
[4] Voir en particulier les articles 37 et 38 ainsi que 61 à 63.
[5] Voir notamment l’article 195.
[6] Voir les articles 29 à 35.