AECQ : Session d'étude sur les ministères

Exposé sur les ministères

Louise Lavallée-Boudreau

Le chemin parcouru dans l'exercice des ministères au Québec Depuis le milieu des années 1970

La relecture du chemin parcouru dans l'exercice des ministères au Québec depuis les 25 dernières années m'a permis de nommer certaines avancées faites d'élans, de ténacité mais aussi de reculs, de piétinements et de détours. Je vais vous présenter quelques faits marquants que j'ai retenus. Les trois premiers se situent dans la continuité et la durée, tandis que les autres sont d'ordre plus ponctuel.

L'arrivée des laïques / l'arrivée des femmes en pastorale

Dans les années 1960, les ministres ordonnés répondent, presqu'en totalité, aux besoins pastoraux des services diocésains, des paroisses, des écoles, des hôpitaux et autres lieux. Dès 1963 des laïques, surtout des religieuses, des religieux, sont présents dans les mouvements et les services diocésains.

Différentes études par des Conférences épiscopales, des diocèses et le Ministère de l'éducation confirment que l'arrivée des laïques, majoritairement des femmes, s'est effectuée de façon plus marquée dans les années 80. En quelques années, dans certains diocèses, les laïques deviennent plus nombreux que les prêtres.

L'arrivée des femmes en pastorale est le premier fait marquant pour l'exercice des ministères que je vous présente. Les femmes par leur manière d'être, par leur vie de foi ancrée, pour plusieurs, dans leur vécu spécifique d'épouse, de mère apportent une autre parole, un autre regard, une autre pensée sur la mission et les manières d'être et de faire Église.

Par la découverte ou la redécouverte de la responsabilité de leur baptême, les femmes, ont permis à l'Église de s'approprier et d'initier plus avant et en profondeur la vision d'une Église toute ministérielle où toutes et tous, mais de manières différentes, sont responsables de la mission, de l'avènement du Royaume. Les femmes ont donné, du moins dans les paroisses, non seulement, un nouveau visage à l'Église mais un nouvel élan pastoral et ecclésial dans la quête d'une Église communion.

Quelques questions :

La formation

L'arrivée des laïques amène les diocèses a prendre diverses dispositions qui touchent la formation, l'embauche, les conditions de travail, la sécurité d'emploi et l'octroi d'un mandat.

Comme il est reconnu qu'un ministère comporte toujours une représentativité, plus ou moins grande, de l'Église ainsi qu'un engagement de celle-ci à l'égard de la personne qui le remplit, c'est dans cette perspective que, d'une part les diocèses de l'Inter Montréal mettent sur pied un lieu diocésain de formation et que, d'autre part, les laïques s'engagent dans une formation de base pour l'obtention d'un mandat.

Par des programmes de base, revus au fil des années pour assurer une formation adéquate et pertinente, des laïques ont pu accéder à des responsabilités et être nommés à des ministères liturgiques, de gestion et de direction.

La formation, par le biais de certificats spécialisés et de sessions d'appoint, répond à des besoins plus spécifiques des Églises locales d'un temps, d'un lieu. La formation sous-tend, soutient les passages obligés pour mieux réaliser la mission. Je pense à la mission catéchétique qui a motivé un travail de partenariat entre les diocèses de l'Inter Montréal et l'Université de Montréal.

Cette formation plus ponctuelle, devenue continue depuis quelques années, tant pour les prêtres que pour les agents de pastoral, ouvre des horizons nouveaux et ancre, enracine la mission, les ministères et les ministres dans l'aujourd'hui de notre monde.

La formation a eu, a et aura encore un rôle important dans l'exercice des ministères. Le passage à faire, appelé par la mission catéchétique, nécessitera des temps d'apprentissage qui devront cohabiter avec des temps de « désapprentissage ». Désapprendre un type de parole pour en apprendre un autre à même une écoute renouvelée. Le « désert » serait un excellent lieu pour renouveler notre écoute et, de ce fait, renouveler notre parole.

Le travail en équipe

Le travail en équipe est, à mon avis, un évènement déterminant dans l'exercice des ministères, car il a permis et il permet toujours d'expérimenter la réalité essentiellement relationnelle qui ne s'exerce qu'en communion, d'une part avec la communauté et d'autre part avec les autres ministres qui sont en service dans la même communauté.

Quel que soit le type, l'appellation de l'équipe et la réalité qui lui est propre des difficultés de compréhension et de respect réciproque des responsabilités des uns des autres ont été, sont et seront encore rencontrées à l'intérieur d'une même équipe et dans la communauté.

Mais dans une même équipe, une même communauté chrétienne, c'est aussi par la reconnaissance et le partage des charismes, des talents, des compétences des autres que la coresponsabilité prend racine, prend vie, prend forme.

La coresponsabilité, vécue dans un leadership partagé et une présidence de communion fait prendre conscience que les ministères sont plus qu'une simple répartition des postes, une description des tâches et de bon fonctionnement des services. La coresponsabilité favorise l'attention à ce que sont les personnes, à ce qu'elles deviennent ensemble les unes par les autres, à travers la complémentarité de leurs vocations.

Comme le but de tout ministère c'est de rendre la parole à l'assemblée chrétienne, pouvons-nous affirmer qu'une réelle pratique synodale a été mise de l'avant par les équipes pastorales avec les différents conseils et chrétiens des communautés paroissiales? Personnellement, je suis convaincue qu'il faudra revaloriser le rôle des communautés chrétiennes dans leurs responsabilités de nommer les besoins et d'appeler les ministres dont elles ont besoin.

Des temps forts

Depuis 1982 l'Église du Québec a vécu une importante diversification des ministères. Pensons à l'animation scolaire, à l'initiation chrétienne par les sacrements, à la pastorale jeunesse, pastorale sociale, aux ministères liturgiques tels le baptême des jeunes enfants et la prédication dominicale exercés par des laïques. Ce long chemin a été ponctué de divers temps forts et d'évènements dont certains ont été plus déterminants pour les ministères.

Les réaménagements diocésains

La mise en place des régions ou des zones pastorales dans les diocèses a permis à des laïques formés d'exercer un nouveau service. Celui de l'accompagnement et de l'animation des personnes, prêtres et agents de pastorale, et des groupes conviés à construire l'Église. Ayant personnellement exercé cette responsabilité en partenariat avec le vicaire épiscopal, nous étions, tous les deux, associés au Conseil Épiscopal de la Direction de la Pastorale et au comité des nominations. L'octroi d'un mandat d'animation d'une région pastorale à un laïque est un pas important en ce qui concerne la présence de laïques dans des lieux de décision, d'orientation, de gestion et de direction.

Les synodes et projets diocésains

Divers projets, ont eu, aussi, des impacts sur les ministères. Dans les années 90, le projet d'une Église communautaire et missionnaire nous a redit que l'Église qui n'est pas missionnaire renie son identité. (1Co 9,16) et nous a fait prendre conscience que le volet missionnaire était peu présent dans notre réalité pastorale. Cette prise de conscience a amené certaines communautés chrétiennes à se donner un projet tenant compte du volet missionnaire et des services, ministères s'y rattachant.

Les synodes et les projets diocésains de réaménagements paroissiaux, soit à la demande de l'évêque ou des paroissiens, ont permis un second regard sur la mission tout particulièrement en ce qui concerne l'évangélisation dans sa double séquence de première annonce et de catéchèse.

Ces temps de discernement et de décision ont appelé la mise en oeuvre de projets d'évangélisation et d'animation pastorale qui demandent un nouveau redéploiement des ministères à l'intérieur d'une équipe pastorale qui se situe sur une Unité pastorale ou sur une paroisse regroupant plusieurs communautés.

Dans les regroupements de paroisses ou de communautés, l'articulation du ministère de la coordination et du ministère presbytéral oblige une plus grande précision des fonctions et tâches de chacun. Dans certains regroupements un nouveau service, celui de l'animation paroissiale, est, aussi, appelé à s'articuler aux ministères de la coordination et celui du prêtre modérateur.

Ces regroupements ne sont pas sans poser certaines questions. Depuis 25 ans, le ministère presbytéral a connu des changements. Il se situe davantage dans le registre de la signification et de la fonction symbolique plutôt qu'au plan des tâches et des responsabilités. De nouvelles questions surgissent.

Il ne suffira pas de prévoir des ministres laïques pour le baptême, les funérailles, les ADACE et le mariage. La réflexion est, à mon avis, beaucoup plus large. Elle commande de revenir à certaines balises pour retrouver l'essentiel sans taire les questions concernant l'accès au ministère presbytéral et à d'autres ministères créés pour les besoins d'ici, aujourd'hui au Québec.

Autres constats

À court et à moyen termes nous devrons faire preuve de créativité et d'audace pour mettre en place des ministères de présence au monde, touchant les champs éthique, scientifique, technologique, culturel, de la pauvreté, de la communication, de la politique et d'autres encore. Il est certain que nous aurons, toujours, à assurer l'animation des communautés paroissiales dans leurs quatre axes. Mais un passage est devant nous. « Gens du peuple de Dieu on vous attend dehors! »

Nous le savons le temps n'est plus à l'encadrement des masses pour satisfaire leurs besoins religieux. Un nouveau temps commence, celui d'engendrer des communautés paroissiales pour les éveiller à la mission et les envoyer témoigner de l'espérance qui les habite.

La question des ministères est incontournable pour la vie et la mission de l'Église. Même après ces 25 dernières années, la question des ministères appelle un approfondissement, des recherches et des mutations institutionnelles. Découvrir l'Église et découvrir les ministères c'est un immense chantier toujours ouvert. Et je suis convaincue que le chantier restera ouvert encore pour quelques années...